Hani J. Samaha

Prestige N°248, Mars 2014

Hani J. Samaha

dévoile Les Trésors cachés de Beyrouth

dans son 7è ouvrage

Des splendeurs et demeures de la capitale, ainsi que des beautés des palaces et des Arts décoratifs au Liban, minutieusement explorés et dévoilés dans ses six précédents ouvrages, l’éditeur, auteur et artiste Hani J. Samaha déniche, dans sa septième merveille illustrée «Beirut Hidden Treasures Unveiling Art & Antiques from Private Collections», les trésors cachés de Beyrouth. Non pas dans les sites archéologiques, mais à l’intérieur de ces belles demeures beyrouthines qu’il aime à visiter, pour mettre au grand jour des pièces uniques, des bibelots, des meubles et autres chefs-d’œuvre et objets dignes de grands musées. Au fil de deux cent soixante-dix pages illustrant quatre cents pièces, Hani J. Samaha raconte à Prestige son dernier joyau, précieusement préfacé par Christopher Payne, directeur de Sotheby’s.

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© Beirut Hidden Treasures/Photos: Albert Saikaly

Hani J. Samaha, éditeur, auteur et artiste fin et raffiné.
 
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 © Beirut Hidden Treasures/Photos: Albert Saikaly

Sur la couverture de l’ouvrage une pièce très rare et monumentale d’époque Empire, une horloge symbolisant le char d’Apollon en bronze doré et patiné.

Vous avez la réputation d’être un passionné du beau et de l’antique… D’où puisez-vous cette connaissance? Cette connaissance, je la puise de ma famille et de ma formation. J’ai grandi dans une famille d’antiquaires et de fins connaisseurs en art, où chaque pièce m’attirait comme un aimant. Une addiction aux belles pièces qui m’accompagne dès mon jeune âge, et une connexion qui m’a poussé d’abord à découvrir ce petit monde du beau, et ensuite le vaste univers des pièces antiques. Comme j’étudiais à Depaul University of Chicago, je profitais pour aller à New York assister aux grandes ventes aux enchères et rencontrer les plus grands experts internationaux. Il m’arrivait même de sécher des cours pour pouvoir être présent à ces événements. La culture vient avec la connaissance, avec la lecture en continu, avec les voyages et le contact avec les experts. J’aimerais signaler que mille cinq cents ouvrages en la matière garnissent ma bibliothèque privée.

Vous venez d’éditer un septième ouvrage. Voulez-vous nous le présenter? Le septième ouvrage présente quelque chose de différent, une nouveauté que je considère comme la crème de la crème de tous mes ouvrages. Quarante-sept chapitres illustrent quarante-sept collections privées de demeures libanaises, allant de la tapisserie, aux pièces d’orfèvrerie, à l’horlogerie et aux meubles des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, de style français, anglais et oriental. Dans chaque catégorie, nous avons choisi the best of the best des pièces dignes des plus grands musées du monde. Deux cent soixante-dix pages sont illustrées et commentées d’une manière professionnelle, avec des légendes détaillées: époque, origine, signature, ébéniste. Et pour que l’ouvrage ne ressemble en aucune manière à un catalogue de vente aux enchères, le design du livre a été conçu de façon telle qu’on peut voir le détail de la pièce sur une page, et son emplacement à l’intérieur de la salle, sur l’autre. Ainsi, le souci du détail de la pièce est réservé aux connaisseurs, et son emplacement à l’intérieur de la maison aux décorateurs.

Dans Beirut Hidden Treasures, vous révélez au grand jour des objets d’art uniques exposés à l’intérieur des demeures. Comment avez-vous eu cette idée? C’est parce que j’ai édité six ouvrages à succès en matière de décoration, que j’ai voulu, cette fois-ci, m’adresser au cerveau, à la réflexion, et non seulement aux yeux, au visuel. Il fallait rentrer dans le détail du détail, faire le scanning des maisons et des collections. C’est un effort privé. Le fait de disposer de cette clé qui me permet de rentrer en toute confiance dans les demeures, fait toute ma réputation. Les demeures en elles-mêmes étaient déjà difficiles à détecter, encore plus à découvrir. Que serait-ce alors pour les objets d’art? L’idée de réaliser un ouvrage international sur les pièces d’antiquités au Liban rôdait dans ma tête, et j’ai décidé de faire un rapport à la manière d’un investigateur. C’est ainsi que Beirut Hidden Treasures a vu le jour, après deux ans de travaux de recherche et d’investigation. Il s’agit de l’unique et premier ouvrage publié sur les antiquités au Liban, à partir de collections privées. J’aimerais également signaler que la majorité des maisons libanaises figurant dans le livre, ont été photographiées pour la première fois.

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© Beirut Hidden Treasures/Photos: Albert Saikaly

Un magnifique cabinet du XVIIe siècle franco-flamand en bois d’ébène et écaille de tortue, reposant sur quatre statues sculptées dorées.
 

Dans quel contexte la préface du livre a-t-elle été rédigée par le directeur de Sotheby’s, Christopher Payne? Christopher Payne est le directeur de Sotheby’s, et l’un des experts les plus importants au monde. Le premier contact que j’ai eu avec lui date de quinze ans. Il avait publié de nombreux ouvrages sur les meubles européens, que j’avais tous achetés, tout en rêvant de faire un jour moi-même un ouvrage qu’il préfacerait. Lorsque je lui ai envoyé les photos des pièces, il a été fort surpris de voir ces pièces si rares. Mais l’expert ne s’est pas contenté des photos, il a réclamé aussi les textes, pour s’assurer de mes informations. Et là encore, il était très satisfait et accepta d’apposer son précieux sceau (Seal of Approval). De mon côté, j’ai été très heureux d’avoir réalisé mon rêve, celui de voir une personnalité d’un tel niveau, préfacer mon ouvrage.

Des noms d’experts internationaux de renom figurent également dans votre ouvrage... Effectivement, les experts Cynthia Harris, Head of Silver & Decorative Arts Department à Sotheby’s, et Nicole de Pazzis-Chevalier Experte en tapisserie, ont fourni leur précieuse collaboration, chacune dans son domaine. Cynthia Harris a dévoilé des pièces très rares, dont certaines royales de très bonne provenance. Et Nicole de Pazzis-Chevalier a détaillé toutes les informations concernant tapisserie, thème, date…

Vous avez présenté ces trésors d’une manière intelligente et spécifique. Expliqueznous… En fait, je n’ai en aucune manière, présenté les œuvres d’une manière ennuyante ou routinière, comme dans un catalogue. Tout d’abord, on voit la maison, puis la pièce en détail. Ainsi, l’amateur de belles maisons verra la maison, et l’amateur d’objets d’art verra uniquement la belle pièce. Aucun d’eux ne s’ennuiera. J’aimerais dans ce cadre mentionner également le nom des grands ébénistes qui figurent dans le livre, à l’instar de François Linke, Henry Dasson, Paul Sormani, Millet, Stephen Smith et Robert Garrard.

Que représente le thème de la couverture? Pourquoi avez-vous choisi cette pièce spécifiquement? Nous avons mis du temps pour choisir la pièce qui allait illustrer la couverture. J’hésitais entre cinq pièces. Je tenais à y mettre une horloge, car la roue est symbolique à mes yeux. Finalement, j’ai opté pour une pièce très rare et monumentale d’époque Empire, une horloge symbolisant le char d’Apollon en bronze, d’une qualité de bronze exceptionnelle, revêtant les deux tons: doré et patiné. Le choix a été  fait sur cette pièce car elle ne ressemble en rien à une œuvre destinée à la vente aux enchères, mais plutôt à être exposée à l’intérieur d’une belle maison.

Hani Samaha (7) Des hérons en cristal de roche, acquis de Boucheron, pattes, crête et queue en or 18 cts. Hani Samaha (8)
 
«Jeune femme avec un vase de fleurs», peinture de la fin du XVIIe siècle, signée Gaspar-Pieter Ver Bruggen Le Jeune.
 

© Beirut Hidden Treasures/Photos: Albert Saikaly

Estimez-vous avoir recélé tous les trésors cachés de Beyrouth? N’y en a-t-il pas d’autres qui n’ont pas encore été dévoilés?Il existe énormément de trésors qui n’ont pas encore été dévoilés. Pour la simple raison qu’un travail d’une telle ampleur nécessite de nombreux volumes. D’un côté, certaines pièces sont éparpillées, et d’un autre côté, des propriétaires refusent de dévoiler les leurs. Ce nombre appréciable de chefs-d’œuvre est dû à l’attache des Libanais aux antiquités et aux pièces de valeur.

Que ressentez-vous en décrivant une pièce?Je considère que l’ouvrage en soi est un meuble de luxe. Je ressens une grande joie et beaucoup de bonheur, car je redonne vie à l’artiste qui a créé la pièce. Il faut dire que j’ai recueilli plein d’informations et appris beaucoup de choses sur les pièces que j’ai citées.

 A qui dédiez-vous l’ouvrage?Cet ouvrage est dédié à tous les antiquaires, aux collectionneurs, aux propriétaires de maisons, aux décorateurs d’intérieur et bien entendu aux étudiants en beaux-arts.

 Avez-vous de nouvelles idées d’ouvrages du genre en vue? Les idées sont toujours présentes. Lorsque je cesse de rêver d’idées, je ne serai plus jeune, j’aurai vieilli.

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© Beirut Hidden Treasures/Photos: Albert Saikaly

«La mort d’Abradate», tapisserie Aubusson Manufacture Royale de la fin du XVIIe siècle.

Que voulez-vous ajouter?J’aimerais tout d’abord remercier toute l’équipe qui a travaillé fidèlement à la parution de ce livre. Je remercie également tous les propriétaires des demeures visitées, ces grandes familles qui ont eu l’amabilité et la courtoisie de m’ouvrir grandes leurs portes pour photographier. Sans cet effort fourni par chacune d’elles, le livre ne serait pas sorti de cette manière. Finalement je voudrais adresser un message aux lecteurs, les inciter à lire davantage, à lire mieux, pour mieux se cultiver. Propos recueillis par Mireille Bridi Bouabjian