Le bâtonnier Georges Jreij

Prestige N°251, Juin 2014

Georges Jreij

 

© Archives Georges Salloum Jreij

Un programme ambitieux pour l’honneur de la profession.
 

Appartenance et engagement, deux mots d’ordre ­constituant la charte, le credo de Georges Salloum Jreij, nouveau bâtonnier de Beyrouth, premier président de l’Ordre des avocats à être élu avec une proportion de plus de 55% de ­l’assemblée électorale dès le premier tour du scrutin. Une victoire éclatante, une grande première dans l’histoire de cet Ordre prestigieux ­institué en 1919 qui a été et demeure le foyer chaleureux de nombreux présidents de la République, ministres, parlementaires et figures de proue du pays. «Ensemble nos mains pour un Ordre fort, dans un pays fort et avec un peuple fort», déclare le bâtonnier Jreij qui ajoute: «Je crois dans un Ordre porteur du drapeau des ­valeurs, de la démocratie, de la défense des libertés publiques et des droits de l’homme». Son programme d’action «pour l’honneur de la ­profession et de la patrie» est ambitieux, à son image, lui qui avoue «avoir atteint l’objectif le plus important» de son existence avec les 2.662 voix obtenues le 17 novembre 2013. Tout jeune, il ne ­rêvait d’ailleurs que de devenir avocat, défenseur de la cause des justes, des honnêtes gens aux droits souvent bafoués. «J’étais ­révolté contre la corruption, le piston, l’enrichissement illicite… Je voulais ­corriger, changer les choses. Une fièvre m’habitait, ­bouillonnait en moi, une fièvre révolutionnaire que je ne pouvais extérioriser, ­canaliser, timide que j’étais -et c’est un trait de famille- qu’à ­travers l’application des lois et la profession d’avocat».

Photo 1 Georges Jreij

© Archives Georges Salloum Jreij

Le bâtonnier Georges Jreij et son épouse Me Eliane, un couple heureux.
 

Né le 5 avril 1956 à Kornet el Hamra, village du Metn ­parfumé par l’odeur des pins, Georges Jreij grandit dans une famille de six enfants où il est le cadet. Son père, Salloum, est agriculteur et sa mère, ­Malaké Hajj, est professeur de langue arabe au ­Collège d’Antoura. «Ma mère a joué un grand rôle dans ma vie, elle est «tout», ­pygmalion qui m’a conseillé, guidé et orienté dans mon parcours scolaire, universitaire et professionnel». Georges ­poursuit ses études ­primaires à l’école des sœurs du Rosaire de Kornet el Hamra qui se trouve à quelques mètres de la maison. Le cycle ­secondaire, il l’effectue à Beit Chabab, au Collège du Liban de l’Ordre ­maronite affilié à l’Université Saint Esprit de Kaslik, où il excelle en langue arabe et en poésie, impressionné par le père Dr Youssef Mouannès qui incarne Saint Charbel dans le film des ­années soixante. Quand il aura à choisir sa voie après son ­service ­militaire et l’obtention de son baccalauréat section ­philosophie, il ne ­pensera qu’à l’avocature, «je ne voulais rien ­faire d’autre». Il s’inscrit donc à la Faculté de droit de l’Université ­Libanaise à Jal el Dib et obtient en 1982 sa licence en droit. Il commence son stage à l’étude de Me Assaad Estéphane où il s’imprègne de la rigueur de son éthique, de son sérieux et de son amour sans borne pour la profession. La même année, (1982), il adhère avec des amis à l’association des anciens de la Faculté de droit et de sciences politiques de l’UL dont il sera le président en 1995.

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© Archives Georges Salloum Jreij

Eliane et Georges Jreij avec leurs enfants Christian, Marie-Elie et Joseph.
 

Il sera réélu en 1997, année de son mariage avec l’avocate ­Eliane Abboud Al Noufeili (de Mtayleb) dont il a trois enfants: Christian, Marie-Elie et Joseph. «Je connaissais le père d’Eliane, je l’ai rencontrée la première fois à l’association où elle venait s’inscrire. Une amitié est née entre nous, évoluant jusqu’à devenir conviction et union pour la vie». Entre-temps, il est devenu avocat à la Cour (1986), ­gérant depuis une étude qui regroupe aujourd’hui 14 avocats dans des ­locaux à Beit el Chaar. Fervent militant Kataëb, parti auquel il a adhéré en 1976, il devient membre de son Bureau politique en 1997 et le ­demeurera jusqu’en 2013, année où il démissionne pour se ­présenter à l’élection du bâtonnier de Beyrouth, fort de sa foi, de sa volonté et de son amour pour la chose publique. Le choix politique et ­l’heureux concours de circonstances ont certes contribué à la réussite de ­l’homme qui est assurément doté d’une solide expérience dans le travail ­syndical commencée il y a neuf ans: rapporteur de la Commission de ­défense des libertés publiques et des droits de l’homme (2005), membre du Conseil du Barreau de Beyrouth (2006 et 2009) et rapporteur du Tableau de Stage, responsable de la Bibliothèque (2009-2010) et ­trésorier du Barreau (2010). Dans son éventail d’activités et ­d’accomplissements: conférencier, polémiste, auteur d’études (dont une, très connue, sur la corruption) conseiller légal du président ­Amine Gemayel, membre de sa délégation à la ­conférence de Doha (2007), signataire du contrat de coopération entre le Barreau et Sader ­Editeurs, créant «Le portail juridique», programme spécial de données ­juridiques électroniques, et, et …

Photo 4 Georges Jreij

© Archives Georges Salloum Jreij

Le jour de son élection de bâtonnier, en présence du président Amine Gemayel, du ministre Ramzi Jreij et du bâtonnier sortant Nohad Jabre
 
Aimerait-il faire de la politique? « La politique ne constitue pas pour moi un objectif».

Estime-t-il avoir réalisé son ambition? «Oui». Comment perçoit-il la réussite? «Joie et responsabilité». Quelles sont les clés de la réussite? «L’authenticité, l’honnêteté, la persévérance, l’engagement et un favorable concours de circonstances». Connais-toi toi-même… Comment se décrit-il? «Je suis quelqu’un de positif… Dieu m’a donné cette grâce». Sa phrase leitmotiv? «Sérieux et suivi dans le travail». Un heureux constat? «La loyauté de mes amis aux élections». Qui étaient les héros de son enfance? «Il y a une héroïne, c’est ma mère. Elle a été et demeure un modèle pour mes frères, mes sœurs et moi. Sa dure existence, elle l’a consacrée à notre éducation et à notre enseignement, si bien qu’on la donnait en exemple dans la région. Ma mère est une personne exceptionnelle, qui est derrière la réussite de notre famille». Un souvenir marquant de sa jeunesse? «Le temps des vendanges. La récolte du raisin de nos vignes et l’obtention du jus au mois de septembre me faisaient énormément plaisir. Nous avions un grand pressoir, j’étais un vendangeur heureux». Ce qu’il considère être l’essence du bonheur? «Se contenter de ce qu’on a. Eliane et moi sont ravis de nos enfants, de leur discipline et de leurs succès scolaires; c’est notre joie, c’est notre fortune.» Et l’amour? «Le renouveau, la vie, le bonheur. L’amour doit être heureux». Qui est la femme de sa vie? «Mon épouse Eliane, une femme agréable et compréhensive qui veille sur nos enfants et notre étude. Admirable!» Quels conseils donne-t-il aux jeunes qui entrent dans la profession? «D’avoir bonne réputation. L’honnêteté est payante, la loyauté envers le client et l’assiduité dans le travail sont nécessaires». Que faut-il pour être un bon avocat? «Tout d’abord aimer son travail, en être passionné. Je n’ai pas encore rencontré un avocat sérieux qui n’a pas de travail ou qui ne gagne pas bien sa vie. Aussi, faut-il être habile pour trouver des solutions juridiques adéquates, le texte de loi étant l’outil, l’instrument pour servir l’intérêt du client». Ses violons d’Ingres? «Jouer au ping-pong et faire des voyages». S’il devait se rendre sur une île déserte, qu’emporterait-il avec lui ?“Mes reves”

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© Archives Georges Salloum Jreij

 
Avec sa mère Malaké el Hajj-Jreij.