Le secret des rochers de Nahr El Kelb

Prestige Nº1, Juin 1993

 

Les vestiges du XIXe et XXe siècles 

couronnés par la dalle de l’indépendance

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© R. Rihana

Nahr-el-Kelb constituait l’un des obstacles les plus difficiles à franchir du littoral libanais, surtout pour les troupes des anciens conquérants du Moyen-Orient. Depuis les Pharaons d’Egypte, aux Assyriens, et Babyloniens-Chaldéens de la Mésopotamie, jusqu’aux temps modernes. Le numéro précédent de notre magazine avait énumeré les anciens vestiges, et spécialement ceux des:

– Pharaons d’Egypte avec Ramsès II qui mit au point trois inscriptions sur les rochers. Dans l’une d’elles, il prenait un prisonnier par les cheveux prêt à le sacrifier au dieu «Amoun-Raa».

– Assyriens avec Salmanasar III, Sennachérib et Asarhadon. Ce dernier, et en mémoire de sa victoire contre l’Egypte et l’Asie de l’ouest, sculpta une statue le montrant debout avec fierté à côté d’une écriture cunéiforme encore lisible.

– Chaldéens ou Babyloniens avec Nabuchodonosor II, seul roi qui grava deux de ses statues sur les rochers de Nahr-el-Kelb. Dans l’une d’elles on pourrait le voir debout devant les cèdres; dans l’autre affronter un lion qui l’agressait.

Après la bataille de Yarmouk en 636, les armées arabes réussirent à occuper le littoral libanais et la plaine de la Béqaa, laissant la montagne sous la domination maronite. Les côtes libanaises et syriennes connurent par la suite une lutte continue entre Arabes et Byzantins qui laissa les rochers du fleuve oubliés des annales de l’histoire.

En 1515, la fameuse bataille de MerdjDabeq remplaça l’occupation mamelouk par celle des Turco-ottomans sur le Liban qui échoua dans une période moyenâgeuse de despotisme éloignant les rochers de Nahr-el-Kelb de toute attention. C’est surtout vers la fin de cette domination que les puissances européennes entamèrent leurs ingérences dans les affaires de notre région, amenant de nouvelles inscriptions modernes qui vinrent compléter le schéma historique de cette coupure du terrain.

LES RUINES DES TEMPS MODERNES. Les traditions de Nahr-el-Kelb continuèrent jusqu’aux temps modernes, accompagnant les grands événements de la région du Moyen-Orient et relatant l’histoire concernant:

1. Le corps expéditionnaire français en 1860-61 qui fut envoyé par l’Empereur Napoléon III et conduit par le Général de Beaufort-d’Hautpoul, suite à une décision des six puissances: France, Angleterre, Autriche, Russie, Prusse et Turquie. Le Général français appela ses soldats comme suit: «Soldats, défenseurs de toutes les nobles et grandes causes, l’Empereur a décidé, au nom de toute l’Europe civilisée, que vous iriez en Syrie, aider les troupes du Sultan à venger l’humanité outragée …

Dans ces contrées célèbres, vous trouverez encore les glorieux et patriotiques souvenirs … » Le corps expéditionnaire débarqua au Liban, mit fin aux événements, et, en souvenir de son action humanitaire, une dalle fut placée et décrite par Ernest Louet, payeur de l’expédition, par ces termes:

«Une inscription placée y rappellera notre passage à ceux qui viendront après nous». Sur un des rochers de l’embouchure du Nahr-el-Kelb, à côté des sculptures phéniciennes dont M. Renan a pris l’empreinte, des soldats du génie sont allés graver un aigle impérial avec quelques mots: «1860- 61. Expédition française en Syrie. Le Général de Beaufort-d’Hautpoul, commandant en chef. Le colonel Osmant, chef d’état-major. Le Général Ducrot, commandant l’infanterie».

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Le corps expéditionnaire français de 1860-1861.

2. L’entrée victorieuse des armées alliées au Liban et en Syrie, octobre 1918 et l’occupation de Damas par: le XXle corps d’armée britannique; Un régiment français de Spahis et de Chasseurs d’Afrique; L’Armée arabe du chérif Hussein du Hedjaz.

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3.Durant la même campagne, l’occupation de Beyrouth et de Tripoli au mois d’octobre 1918 par l’armée britannique et le «Détachement français de Palestine-Syrie».

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4. L’entrée de «l’Armée du Levant» et des troupes françaises du Levant, commandées par le Général Gouraud, à Damas le 25 juillet 1920, suite à la bataille de MaiçaIoun contre l’Armée arabe du roi Fayçal, fils du chérif Hussein du Hedjaz. Cette bataille fut le résultat de la politique anglaise de compromis et des accords secrets interalliés de 1917 et notamment les deux accords contradictoires: Les accords de Sykes-Picot qui chargeaient la France de jouer le rôle de la puissance mandataire au Liban et en Syrie; Les lettres Mac Mahon- Hussein qui promettaient de donner l’indépendance aux «pays des Arabes».

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L’occupation de Damas, le 25 juillet 1920, par l’armée française du Levant après la bataille de Maiçaloun contre l’armée arabe du roi Fayçal de la Syrie.

5. La présence de «l’Armée française du Levant» au Liban pendant la période du mandat qui fut célébrée par un monument en pierres jaunes.

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En mémoire de l’Armée française du Levant.

6. La construction, en 1942, de la dernière étape de la ligne de chemin de fer Turquie-Egypte. Une statue de cheval fut mise au dessus d’une dalle sur laquelle le touriste pourrait lire: «Near the spot on 21/12/42, the last spike was driven in the Beyrouth-Tripoli railway by Général HON sir Harold Alexander, thereby completing the link between London and Cairo. This section of the line was built by the Australian construction Group during the year 1942».

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En mémoire de la dernière étape dans la construction de la ligne de chemin de fer Turquie-Egypte.

7. L’indépendance du Liban et l’évacuation du pays par les armées étrangères le 31 décembre 1946, durant le mandat du président Béchara el-Khoury. Cette dalle de l’indépendance fut la dernière, mettant fin à l’occupation étrangère du pays. Effectivement, et après 1946, il fut dirigé pas ses propres fils jusqu’à nos jours.

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L’évacuation du Liban par les armées étrangères le 31 décembre 1946.