Paula Yacoubian

Prestige N°252-253, Juillet-Août 2014

  

Passion tridimensionnelle

Elle a le don de la parole, l’éloquence, une grâce innée… Et l’art du bien- parler, franc et spontané, critique et déférent. Arrivée toute jeune dans ce vaste monde des médias, Paula Yacoubian réussit à établir un dialogue constructif avec ses invités, à discuter des problèmes récurrents de son pays avec un grand professionnalisme et dans le respect de l’éthique médiatique. Egalement CEO et directrice générale de la compagnie «Integrated Communications», Paula se veut avant tout et surtout une mère comblée. Accueillant chaque semaine ses invités dans son émission Inter-views, Paula Yacoubian ouvre aujourd’hui son cœur à Prestige, le temps d’une interview.

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© Prestige/Photo: Nour El Khazen

Tout le monde connaît Paula Yacoubian, mais pour vous, qui est Paula Yacoubian? Paula Yacoubian est avant tout la mère de Paul, mon fils âgé de neuf ans, ma fierté. Chaque maman est fière de son enfant en premier lieu. Je suis aussi la journaliste entrée par hasard dans le monde des médias à l’âge de 17 ans, et qui est incapable de concevoir sa vie autrement. La profession de journaliste implique une grande mission: éthique, professionnalisme, respect, objectivité. Je suis pleinement convaincue de la nécessité d’être objectif. Cependant je crois que pour les grandes causes ayant trait à l’humanitaire, aux mœurs, ou encore lorsqu’il s’agit d’une cause nationale, l’objectivité n’a plus sa raison d’être. L’explication en est toute simple, car dans ce cas, il est impossible de couvrir uniquement les événements, sans y prendre part. Finalement, nous sommes partie intégrante de notre société et de ses faits. Vous avez deux statuts importants, professionel et familial. Lequel préférez-vous en tant que femme? Il n’y a pas lieu de faire la comparaison. Etre maman est une priorité. La profession est également importante, car le vide intellectuel n’est pas bon, raison pour laquelle il est comblé par le travail. Personnellement je me concentre d’abord sur ma vie familiale en tant que mère, et j’organise mon emploi du temps en fonction de cela. Depuis neuf ans nous nous organisons, Mouafak et moi, de manière à ne laisser jamais Paul seul. Comment définissez-vous la mère? Qui dit mère dit amour. Amour total et inconditionnel, qui n’attend rien en retour. J’ai perdu ma mère il y a un an. J’étais très attachée à elle, d’autant plus que j’ai été privée très tôt de mon père, décédé alors que j’avais neuf ans. Ma mère était notre amie commune, à Paul et à moi, son décès constitue une lourde perte pour nous deux. Mon fils heureusement, compense cette perte et comble cet amour. Quelle définition donnez-vous au père? Mon père a survécu au génocide des Arméniens, c’est un survivant. Mon grand-père était l’émir de Zeitoun. Mon père avait quatre ans lorsqu’il a assisté, incapable de réagir, à l’assassinat de sa mère devant ses yeux. Ainsi, il a grandi dans un orphelinat à Alep. Il nous racontait, à nous ses enfants, le déroulement de cette tragédie, sans haine ni rancune. Il insistait à nous relater l’histoire pour nous faire connaître cette mémoire historique. J’estime qu’il est bon que la nouvelle génération connaisse son histoire et tire les leçons.

photo (1) Paula avec son époux Mouafak et son fils Paul

© Prestige/Photo: Nour El Khazen

Vous faites partie d’un groupe d’Arméniens qui font la fierté du Liban, en étant plus compétents dans la pratique de la langue arabe que les Libanais… Ma mère est libanaise et c’est grâce à mon père que je comprends et parle la langue arménienne. Raison de plus qui me pousse à faire très attention en arabe, pour ne pas commettre d’erreur en parlant. A New York, vous avez suivi une formation de «media trainer» et participé à des ateliers de travail sur l’art de parler en public. En quoi cela a-t-il contribué au succès de la compagnie «Integrated Communications» que vous avez fondée avec votre mari Mouafak Harb? La compagnie «Integrated Communications» élabore des stratégies médiatiques pour des particuliers, des institutions et des ministères désireux de perfectionner leur image de marque. Etant, Mouafak et moi, des experts en communication, nous assurons un «media training», préparons les discours, une présentation «powerpoint» pour les sociétés commerciales, organisons les congrès et l’information pour la presse. En quoi «Integrated Communications» se distingue-t-elle des autres compagnies?«Integrated Communications» ne fait pas de la communication classique. Bien au contraire, comme son nom l’indique, elle intègre de nouveaux concepts au Liban, tel le «Reputation Management». Nous élaborons une stratégie médiatique pour aider certains hommes politiques à répondre aux campagnes violentes visant leur réputation à travers les différents médias sociaux comme internet, facebook, etc., et classiques, télé, journaux… Autres traits caractéristiques, le suivi quotidien que nous assurons au client, et l’envoi régulier des articles les plus importants parus dans la presse internationale, avec des rapports exclusifs que nous rédigeons nous-mêmes sur la situation internationale sur tous les plans. Qu’en est-il de votre clientèle? Notre clientèle est formée de personnalités politiques libanaises, de directeurs exécutifs de compagnies commerciales et immobilières, de présidents ou vice-présidents d’institutions publiques et privées, de chambres de commerce, de toute personne qui s’adresse aux médias, au nom de son entreprise.

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© Prestige/Photo: Nour El Khazen

Le Liban aux yeux de Paula est… Le Liban est ma patrie originelle et définitive. Il est vrai que nos parents arméniens ont été contraints de quitter leur pays d’origine, mais c’est au Liban que je suis née et que j’ai grandi, et mon appartenance à ce pays est totale et absolue. Le nationalisme diffère de la patrie. Il n’y a pas de diversité au Liban, nous sommes un seul peuple uni par de nombreux traits en commun, nos divergences sont minimes. Cette union devrait servir à défendre leurs intérêts. Le succès personnel entraîne une perte collective. Si vous êtes élue pour représenter les Libanais, que feriez-vous en premier? Je refuse le fait d’être élue car mes convictions ne ressemblent en rien à celles de la majorité. Il est difficile de représenter des personnes qui pensent d’une certaine manière mais qui sont incapables de la mettre en pratique. La promotion de la liberté de pensée et d’expression est sacrée pour le responsable. Quelle réaction avez-vous si une personne inconnue vous aborde dans la rue? J’éprouve une grande joie, même si je suis en tenue sportive et décontractée, sans maquillage, au naturel.

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© Prestige/Photo: Nour El Khazen

Qui est votre héros dans la vie? Je dirai Paul, nonobstant le fait que c’est mon fils. A une étape critique de notre vie, il m’a réellement surpris par sa maturité précoce. Quelle est votre principale qualité? J’aime pouvoir assurer tout à la fois, allier mes obligations familiales, professionnelles et mes relations amicales. Et votre grand défaut? Mon anxiété et ma nervosité. Que fait Paula pour paraître toujours aussi radieuse et élégante? Je choisis des habits confortables et pratiques. L’élégance émane de notre for intérieur. Vos pierres préférées? L’émeraude, les diamants et les perles. Quels sports pratiquez-vous? La natation, le tennis que je joue avec Paul et la plongée sous-marine. Qu’appréciez-vous le plus en votre mari? Son intelligence, sa vivacité d’esprit, son ouverture et sa profonde culture. Fervente partisane de l’écologisme, vous encouragez un projet destiné à préserver l’environnement. Racontez-nous… Au Liban, de nombreux facteurs affectent sérieusement l’environnement, dont les pneus usés des véhicules, qui constituent un véritable danger écologique. Un groupe de jeunes bénévoles, que j’encourage, ont réussi à faire de la chambre à air de ces pneus, d’élégants sacs pour dames, de différents designs et dimensions, sans aucune transformation du produit. Il s’agit d’un upcycling totalement respectueux de l’environnement. La ligne de sacs qui sera lancée sur le marché en septembre prochain, portera ma griffe. Propos recueillis par MIREILLE BRIDI BOUABJIAN

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Photographie: Nour el Khazen. Maquillage: Nassim Masri. Coiffure: Elie Matar pour le salon Eve World. Robes: Toni Ward. Bijoux: Gérard Tufenkjian.