Expédition dans le monde du silence…

Prestige Nº 243, Octobre 2013

Pour percer le mystère du gouffre de Chinhoyi au Zimbabwe

Explorer les profondeurs où aucun être humain n’est encore parvenu

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© International Chinhoyi Cave Expedition

Deux ans de préparation, 16 jours d’expédition et 7 heures et 40 minutes d’affilée passées sous l’eau par un seul plongeur, en une seule plongée… Une véritable expédition, une aventure dangereuse qui demande un grand professionnalisme et un matériel de pointe. Où, quand et comment a-t-elle eu lieu? Prestige vous emmène au Zimbabwe, pour découvrir le mystère de Chinhoyi, lieu de cette exploration en profondeur qui va au-delà de la limite atteinte jusque-là par un être humain, et vivre une aventure passionnante et unique en compagnie d’une équipe formée de 8 plongeurs internationaux, dont 3 Libanais expérimentés. Le Canadien Glenn Campbell, promoteur du projet, avait déjà effectué il y a dix ans, des plongées dans le gouffre de Chinhoyi et rêvait de continuer son exploration. Le Libanais Simon Nadim, Primary Push Diver de l’équipe, a réussi une plongée de 191m dans les eaux de ce gouffre mystérieux, là où aucun homme n’est encore parvenu.

Le gouffre de Chinhoyi, situé à 135km, soit à deux heures de voiture de Harare, la capitale du Zimbabwe, est un lieu culte, sacré, mythique qui regorge de légendes et de mystères au pouvoir magique pour les habitants. Depuis des millénaires, les indigènes y faisaient des offrandes, poteries et autres objets, et y jetaient leurs défunts enveloppés de linceuls blancs. Des cérémonies de vaudou y ont toujours lieu. A 1200m d’altitude, le gouffre forme un immense trou rempli d’eau douce au cœur de la montagne. Au fond du gouffre, à 85m, l’entrée immense d’une grotte encore inexplorée. Où aboutit cette grotte, quelle est sa profondeur, sa géologie et sa topographie? Autant d’objectifs et de défis posés par l’équipe qui a exploré le lieu pour essayer de percer son mystère… Le projet, logistiquement très compliqué, a nécessité des procédures de sécurité exceptionnelles, adaptées à ce genre d’aventure.

La légende de Chinhoyi

L’histoire raconte que la grotte était utilisée par un hors-la-loi, Nyamakwere, qui tuait les gens et les jetait dans le gouffre. Traditionnellement le gouffre de Chinhoyi portait le nom de Chirorodziva ou la grotte qui accueillait les personnes que l’on y jetait. Plus tard, un homme du nom de Chinhoyi, tue et débarrasse la population de Nyamakwere et devient chef de la tribu Mashona. Depuis, la région qui comprend aussi plusieurs grottes calcaires, a porté le nom de Chinhoyi en reconnaissance de son bienfait. Ces grottes ont servi de refuge à Chinhoyi et ses partisans contre les attaques de tribus, telle Matebele. Ces cavernes et ce gouffre ont été découverts par hasard en 1887 par un grand chasseur européen, Fredrick Courtney Selous.. La région, qui était déclarée au départ Monument National, devient en 1957 Parc National. Les eaux de la grotte sont bleues et claires reflétant une grande profondeur, où la température ne descend pas au-dessous de 22°C.

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Plus de trois tonnes de matériel et d’équipements de pointe ont été acheminées de Beyrouth, de Dubai et d’Afrique du Sud jusqu’à la capitale du Zimbabwe, Harare. Puis le transport du matériel a eu lieu en 4×4 jusqu’à Chinhoyi, qui est à deux heures de voiture de Harare. Là, le transport jusqu’à la grotte devient ardu vu le sentier abrupt et impraticable. Des porteurs ont assuré à pied le transport de tout le matériel jusqu’à l’entrée de la grotte.

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© ICCE

Debout sur la plateforme, Ronald Rizk, Simon Nadim et Samer Issa, les trois Libanais de l’équipe, brandissent fièrement le drapeau de leur pays.

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Samer Issa, photographié par Ronald Rizk avec la caméra Hero 3 Black Edition de Go Pro.

La plongée ultime

Toute l’équipe est enfin prête pour exécuter le plan de plongée. En effet, chaque membre a une mission déterminée. A chaque profondeur, un plongeur avait une fonction et des consignes à observer. Il est 11 heures 56 minutes du matin, la grande aventure commence. Le gouffre se présente comme un sinkhole qui descend jusqu’à 85m. Là, les plongeurs découvrent l’entrée de la grotte de 50m de hauteur et de 100m de largeur. Glenn et Simon s’engagent dans la grotte. Un peu plus bas, l’obscurité devient totale, car au-delà de 100m on ne voit plus rien. Glenn et Simon continuent leur plongée, là où aucun être humain n’est encore parvenu. Ils veulent savoir si la grotte va s’élargir ou devenir plus étroite ou encore va-t-elle aboutir à l’entrée d’une deuxième grotte? Arrivés à 160m de profondeur, Glenn s’arrête à cette zone pour l’explorer. Simon poursuit seul l’exploration en profondeur, son but est de déterminer la profondeur et l’envergure de la grotte. Toutes les études et les pronostics montraient que la grotte ne dépasserait pas 171m de profondeur. A la surprise générale, Simon a atteint 191m de profondeur, en faisant une pénétration horizontale de 200m environ. Après les 8 minutes passées à cette profondeur extrême, chaque seconde devenait importante et chaque mouvement précieux. Le retour à la surface s’imposait. Pour remonter, Simon devait procéder à plusieurs arrêts de paliers qui sont vitaux. Il commence ses paliers à partir de 120m, et puis tous les 3 mètres, car plus il est en profondeur, plus il doit faire un plus grand nombre de paliers. Un changement rapide de pression risque d’être dangereux et de causer des bulles susceptibles d’entraîner des problèmes graves comme la paralysie. Quand Simon arrive à la surface, il est 7 heures et 37 minutes du soir. C’est la fin de la plongée qui aura duré 7 heures et 40 minutes d’affilée, dont 20 minutes passées à plus de 100m de profondeur.

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11h 56 du matin, 26 juin 2013

Toute l’équipe est à son poste. Chacun est conscient de l’importance de son rôle. Tous jubilent et s’inquiètent en même temps. Ils sont là pour essayer de percer le mystère de Chinhoyi mais c’est aussi la plongée la plus dangereuse de toute l’expédition. Simon Nadim s’apprête à plonger. Il ne retournera à la surface qu’à 7h 37 du soir.

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A 30 mètres de profondeur, Simon Nadim est sur le chemin du retour à la surface. Il fait son palier de décompression. Il lui reste encore 5 heures et 30 minutes de décompression sous l’eau.

Une Première mondiale

L’exploration vient de démontrer que la grotte est beaucoup plus profonde, contrairement à toutes les études précédentes. C’est la première expédition qui va au-delà des 110m de profondeur et où l’homme s’y est aventuré jusqu’à 200m. Les données rassemblées sont archivées et seront remises au ministère du Tourisme du Zimbabwe. Le projet a reçu le soutien de la force de police du pays et du Parc National du Zimbabwe. Les médias leur ont réservé un accueil triomphal. Un nouveau projet est en cours pour l’exploration d’une autre grotte encore inconnue au Liban.

Techniques et matériels

C’est une expédition très dangereuse qui exige des mesures de sécurité très pointues, surtout que le site est loin de toute infrastructure et la profondeur de plongée encore jamais atteinte. Il fallait être préparé à tous les imprévus.

Stratégies et protocoles de décompression

Simon Nadim a développé la stratégie et les protocoles de décompression de la plongée extrême. Technique expérimentale très avancée, elle a été appliquée par Simon et par Glenn. Simon a développé cette technique conjointement avec celle du déploiement du fil d’Ariane, tout en conduisant le scooter sous l’eau. Cette corde déployée derrière lui, devient un point de repère et guide le plongeur dans sa remontée.

Utilité de la décompression

Dans les plongeons de ce genre, il est nécessaire et essentiel de faire des paliers de décompression, sinon des bulles de gaz inerte risquent de se former dans le corps et de provoquer la maladie de décompression qui cause des maux ou encore une paralysie. Plus la plongée est profonde, plus le nombre de paliers de décompression augmente. Le défi était de développer une stratégie et logistique de décompression avec des protocoles de sécurité d’urgence, sans connaître la profondeur exacte maximale à atteindre, qui était estimée entre 140 et 200m. En règle générale, il est essentiel et vital de connaître la profondeur exacte maximale pour bien préparer son plan de plongée.

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Cette technique est vitale en cas d’accident car il n’y avait pas de chambre de décompression dans toute la région. C’est une technique développée par Glenn Campbell en collaboration avec Divers Alert Network, DAN, et Infinity Clinic. Elle est destinée, en cas d’accident de décompression, à recompresser la personne pour enlever la bulle de gaz inerte formée dans son corps. En pratique, l’opération se déroule de la façon suivante: on fait porter le Full-Face Mask à la personne accidentée et on la fait plonger dans l’eau pour réduire la bulle dans le corps. Ensuite, on procède lentement pour la faire remonter à la surface. Le Full-Face Mask sert à communiquer sous l’eau avec l’extérieur, à l’aide d’une radio. Même si la personne s’évanouit, elle ne risque pas d’être noyée et pourra toujours respirer.

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© ICCE

Simon Nadim, Primary Push Diver, a été surnommé Scuba Warrior par les autorités du pays, après sa plongée réussie.

Le Recycleur rEvo

L’équipe avait à sa disposition différents genres de recycleurs. Cependant, celui que Simon a utilisé pour la plongée ultime de 191m porte la marque rEvo. Le rôle du recycleur est de recycler l’air respiré. En d’autres termes, de filtrer le gaz carbonique, le CO2, et de compenser l’oxygène que le corps a utilisé. Le recycleur fournit la mixture de gaz idéale pour chaque profondeur. Simon a pu, grâce à cette technologie, rester plus de 7 heures sous l’eau.

Le Scooter sous-marin Hollis

Dans les eaux profondes, le manque d’effort est recommandé, pour éviter d’avoir la maladie de décompression. Le scooter Hollis est donc très utile dans les profondeurs et permet de circuler librement sous l’eau avec une autonomie variant entre une et deux heures. Simon était muni de deux scooters, un pour l’usage de la plongée et le second en réserve pour plus de sécurité. Comme les secondes sont comptées en profondeur extrême, le scooter sous-marin permet d’avancer beaucoup plus vite qu’en palmant et d’explorer une plus grande distance. Le scooter est un matériel utile pour une plongée d’exploration.

Les bouteilles de gaz

L’équipe a prévu plus de 20 bouteilles de gaz et un recycleur extra, disponibles en cas d’urgence. Le mélange de gaz a été réalisé par l’équipe. Pour les zones les moins profondes, le mélange est riche en oxygène. Alors que des mélanges de gaz spéciaux, riches en hélium et pauvres en oxygène, ont été prévus pour la partie profonde. L’utilité de ce mélange de gaz consiste à éviter au plongeur l’ivresse des profondeurs due à l’azote. Au-delà d’une certaine pression, l’oxygène devient toxique et risque de provoquer une convulsion.

Les téléphones satellites

Ces téléphones satellites ont été fournis par Xtra Link pour pouvoir entrer en contact, avec DAN, Divers Alert Network, le réseau médical international en cas d’urgence durant la plongée.

Les caméras

Go Pro a fourni les caméras Hero 3 Black Edition nécessaires pour filmer l’expédition photos et vidéos pour la documentation, grâce à son agent au Liban, Mike Sport.

La contribution de la FNB

La First National Bank FNB a contribué en partie au financement de l’expédition.

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© ICCE

Plus de vingt bouteilles de mélanges de gaz variés adaptés à chaque profondeur étaient prévues pour cette expédition.

Les héros de l’expédition

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© ICCE

Glenn Campbell, Team Leader Push Diver

Le Canadien Glenn Campbell est à l’origine de cette expédition. Il avait douze ans lorsqu’il a effectué sa première plongée. Cette expérience a animé son imagination et façonné sa vie en tant qu’explorateur et moniteur de plongée. Depuis 1992, Glenn fait de nombreuses explorations de grottes à Mexico, en Floride, en Amérique centrale et en Afrique. Il connaissait bien le site de Chinhoyi, ayant vécu dix ans sur le continent africain. Glenn a réalisé 2000 heures en CCR, circuit clos rebreather, et 7000 plongeons au Canada et dans les lacs d’Afrique. Il a ouvert quatre écoles de plongée dans quatre pays et formé plus de mille plongeurs. Directing Manager et Managing Partner à Coastal Technical Divers, le plus important club de technique et plongée profonde en recycleur aux Emirats arabes unis.

Simon Nadim, Primary Push Diver

Un spécialiste de la plongée.

•A la tête de Pure Tech Diving Facility, fondée en 2004, le Libanais Simon Nadim est un spécialiste de la plongée technique profonde d’exploration, et dans la découverte et l’exploration des épaves et des grottes. Il avait à peine douze ans lorsqu’il a plongé pour la première fois dans les îles Caraïbes. Et depuis vingt ans, sa passion pour la plongée mûrit et perdure.

•Simon Nadim a participé à de nombreuses expéditions au Liban et dans le monde, dont les plus connues sont: l’exploration de l’épave de Tripoli HMS Victoria, à 145m, l’exploration du porte-avions HMS Hermès au Sri Lanka, à 50m, l’exploration du sous-marin allemand U533 dans les eaux internationales entre les Emirats arabes unis et l’Iran, à 110m, ainsi que des grottes en Floride. Il est aussi le premier plongeur à avoir exploré une grotte encore tenue secrète, dans les montagnes libanaises.

•Instructor Trainer (entraîneur d’instructeurs) en plongée profonde, Simon est aussi moniteur de recycleurs sur le rEvo et membre d’Organisations internationales prestigieuses à l’instar de TDI, IANTD NAUI et PADI.

John Pike, Deep Support Diver and

Expedition Administrator

Le Britannique John Pike a commencé à plonger à l’âge de 14 ans au Club British Sub Aqua. Il a participé à plus de mille plongées. En un court laps de temps, il a réussi à compléter son Normoxic trimix course et CCR cave course. Il a aussi effectué avec Glenn un voyage de reconnaissance à Chinhoyi afin de préparer la logistique de la plongée. Il a dirigé la logistique et était responsable avec Thomas Moor de la sécurité des plongeurs dans la partie profonde.

Tammy Hein, Dive Warden

La gardienne de plongée Tammy est originaire du Zimbabwe. Elle plonge depuis 13 ans. C’est la première femme de Malawi à être qualifiée comme Helium based mixed gas diver, ce qui lui a permis de mériter le classement de Normoxic trimix en 2003. Divemaster, elle a assuré la coordination logistique entre les pays.

Graig Barnett, Shallow Support Logistic

Graig Barnett vient du Zimbabwe. Il a commencé à plonger en 2007 à Singapour, et voyagé dans des régions exotiques comme Pulau Lang, Telok Jawa, Reyners Rock et Dayang Reef. Il a aussi plongé dans la mer Rouge, à Charm el Cheikh, à Sharks Bay et au White Knight. Puis il a plongé dans l’océan Indien, et évidemment à Chinhoyi avec l’équipe. Il a joué un rôle central dans la coordination logistique et dans les formalités. Il est l’architecte de la plateforme.

Ronald Rizk, Stage Support Diver/Gas Blender

Riche de dix ans d’expérience, le Libanais Ronald Rizk est devenu récemment E-CCR diving. Il a parcouru le monde à la recherche de défis en matière de plongée dans des lieux uniques. Ronald a contribué à procurer une sensation de sécurité aux plongeurs. Il a joué un rôle essentiel et vital dans le ravitaillement des plongeurs et veillé sur leur sécurité durant la plongée.

Samer Issa, Stage Support Diver/Primary Gas Blender

Samer Issa est libanais. Il plonge depuis huit ans et est qualifié pour être le superviseur de plongée. Il fait en moyenne 250 plongées par an. Il est qualifié à la fois pour le rebreather et l’Open circuit. Il apporte un soutien aux plongeurs en matière de gas blending et de maintenance des équipements. Il était avec Ronald, le superviseur technique et de sécurité. Il a joué un rôle essentiel dans le protocole d’urgence.

Thomas Moor, Deep Support

Le Français Thomas Moor, génial en informatique, plonge depuis longtemps autour du monde. Récemment il a subi une formation intense avec Coastal Technical Divers aux Emirats arabes unis et en Asie du Sud-Est. Il était le responsable de la sécurité des plongeurs dans la partie profonde.