Jaeger-LeCoultre

Prestige N 257-258, Déc.2014-Jan.2015

Acteur majeur de l’histoire de l’horlogerie depuis le XIXe siècle

 

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© Jaeger – LeCoultre

La Manufacture Jaeger-LeCoultre à la Vallée de Joux.

Depuis 180 ans, Jaeger-LeCoultre a créé et fabriqué dans ses ateliers plus de 1200 calibres différents, et déposé près de 400 brevets. La Grande Maison compte à son actif des premières mondiales, des superlatifs et des montres de légende comme la Reverso, la Duoplan, la Memovox, la Polaris, la Gyrotourbillon 1 et 2, la ligne Duomètre, ou encore la pendule perpétuelle Atmos. Aujourd’hui plus de 1000 personnes œuvrent sous les toits de la Manufacture et maîtrisent tous les savoir-faire horlogers pour en faire la marque la plus inventive de l’horlogerie.

Dès le XVIe siècle, la famille LeCoultre joue un rôle pionnier à la Vallée de Joux. Réfugié Huguenot ayant fui les persécutions religieuses en France, le lettré Pierre LeCoultre (vers 1530-1600) obtient le statut convoité d’«habitant» de la ville de Genève en 1558. Animé par son goût de l’aventure et du défi, il quitte la cité de Calvin l’année suivante pour acquérir son premier terrain à la Vallée de Joux: une parcelle couverte de forêts, territoire des ours et des loups. La charte qu’il signe à cette occasion marque l’histoire régionale. Pierre LeCoultre s’engage à défricher la forêt, bâtir des maisons, cultiver des céréales et élever des animaux. En dépit des nombreux obstacles et des péripéties, la petite communauté fait souche et s’étoffe. Le fils de Pierre LeCoultre l’émancipe définitivement en bâtissant un temple en 1612, qui marque la naissance du village du Sentier. En 1833, suite à l’invention d’une machine à tailler les pignons horlogers, Antoine LeCoultre fonde à la Vallée de Joux le premier atelier d’horlogerie. Un à un, il acquiert les principaux savoir-faire horlogers nécessaires à la fabrication d’un mouvement horloger complet, s’approchant peu à peu de ce qu’il appelle son «plan primitif». En 1866, le petit atelier devient la première Manufacture de la Vallée de Joux.

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© Jaeger – LeCoultre

Vitrine monumentale

A une époque où les savoir-faire horlogers étaient dispersés en plusieurs centaines de petites structures de production à domicile, Antoine LeCoultre et son fils Elie (1842-1917) font œuvre de pionniers. Ils développent en particulier les premiers procédés partiellement mécanisés de fabrication des mouvements compliqués. En 1888, la Manufacture LeCoultre emploie déjà près de 500 personnes. Elle est désormais surnommée «la Grande Maison» de la Vallée de Joux! Sa créativité dans le domaine des mouvements est tout simplement prodigieuse. De 1860 à 1900, la Manufacture crée plus de 350 calibres différents! Et à partir des années 1890, elle fabrique ses premières Grandes Complications, soit des montres contenant trois complications horlogères majeures: quantième perpétuel, chronographe et répétition minutes. En 1903, l’horloger parisien de la Marine Edmond Jaeger (1858-1922) et Jacques-David LeCoultre (1875-1948) unissent leurs efforts pour créer l’une des plus extraordinaires collections de montres ultraplates, dont la plus plate du monde, équipée du Calibre LeCoultre 145 (1,38mm de hauteur). Suivront des œuvres pionnières dans le domaine des montres-bracelets. Et enfin, la marque Jaeger-LeCoultre.

Imprégnées des valeurs de l’Art déco, les premières icônes de Jaeger-LeCoultre voient le jour dans les années 1920-1930. En peu d’années, naissent successivement la montre Duoplan (1925) à l’origine des actuelles Joailleries 101, la pendule perpétuelle Atmos (1928) et enfin la célébrissime montre Reverso (1931). Ces créations ont marqué l’histoire de l’horlogerie et ont traversé des décennies à nos jours, accédant au statut de grands classiques. Depuis 180 ans, à mesure que de nouveaux savoir-faire ont été intégrés à la Grande Maison de la Vallée de Joux, les bâtiments se sont ajoutés les uns aux autres, dans le prolongement de l’atelier originel d’Antoine LeCoultre, au cœur du village du Sentier, à proximité de l’endroit où Pierre LeCoultre acquit son premier terrain en 1559. Les toits de la Manufacture se sont multipliés pour former un ensemble architectural complexe qui, bien plus qu’un sanctuaire de la Belle Horlogerie, constitue aujourd’hui un prodigieux espace de création. Sous les toits de la Grande Maison, chaque jour, 180 savoir-faire horlogers et plus de 20 technologies inventent, conçoivent, fabriquent, assemblent, règlent, sertissent, gravent ou émaillent des garde-temps uniques qui font rayonner et renouvellent en permanence la grande tradition horlogère suisse.

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© Jaeger – LeCoultre

Grandes complications

Les Métiers d’Art

au sein de la Manufacture Jaeger-LeCoultre

Le souci du détail fait vibrer depuis 1833 la Manufacture Jaeger-LeCoultre, dont les artisans et maîtres horlogers mêlent les techniques séculaires et les dernières avancées technologiques pour imaginer les plus beaux garde-temps. Au rang des savoir-faire les plus précieux, les arts décoratifs les plus anciens n’ont plus de secret pour la Grande Maison de la Vallée de Joux. L’émail, la gravure et le sertissage des pierres précieuses sont autant de métiers virtuoses qu’elle associe au gré de ses créations horlogères et artistiques et qu’elle maîtrise sous son toit.

L’Emaillage

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© Jaeger – LeCoultre

Une cuisson entre 800 et 850 degrés pour chaque émail.

Sa patiente fabrication, étape après étape, requiert un grand nombre d’opérations aussi délicates les unes que les autres. Avant le début de la peinture proprement dite, l’émailleur recouvre le revers de la plaque de cadran ou le fond de boîtier d’une couche appelée contre-émail et destinée à prévenir toute déformation du métal pendant la cuisson. Puis l’artiste entreprend le travail de décoration par l’application de couches successives d’émail blanc. L’adjonction à cet émail de base de divers pigments sous forme d’oxydes métalliques permet d’obtenir une vaste gamme de coloris. Ces émaux aux splendides couleurs sont déposés sur le métal à l’aide d’une plume d’oie ou d’un pinceau très fin avant d’être cuits au four à plusieurs reprises, jusqu’à obtention de la nuance exacte désirée. La réussite du travail final dépend dans une large mesure de l’obtention d’un trait aussi fin et précis que possible alors que chaque étape de cuisson à haute température (entre 800 et 850 degrés pour un émail Grand Feu) représente un risque majeur pour l’œuvre en devenir. En outre, pour garantir le parfait fonctionnement du mécanisme horloger, l’émailleur doit faire preuve d’une précision absolue dans ses gestes afin de ne pas dépasser des tolérances infimes, de l’ordre de 2/10e de millimètre. Enfin, pour protéger une miniature sur émail apposée au dos d’une montre Reverso, il couronnera son ouvrage par l’apposition du fondant, constitué de fines couches d’émail transparent qui sert à la fois de vernis protecteur pour la peinture miniature et permet de conférer une exceptionnelle vivacité au motif en rehaussant la profondeur et l’intensité des couleurs. Cette dernière étape qui s’effectue à une température supérieure à 800°C recèle de nombreux dangers car chaque passage au four peut signifier la ruine de nombreuses heures d’un patient et minutieux labeur. Egalement connue sous le nom de «peinture sous fondant», c’est la version la plus aboutie de la miniature sur émail en raison de sa grande valeur artistique et de son caractère inaltérable.

Le Sertissage

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© Jaeger – LeCoultre

Dans les ateliers de la Manufacture, plus de vingt maîtres sertisseurs. Le sertissage est pratiqué comme un art en soi. Non contents de maîtriser l’ensemble des gestes habituels de leur métier, les sertisseurs de Jaeger-LeCoultre ont eux-mêmes développé des procédés afin de répondre à des exigences esthétiques particulières, à l’instar de la décoration de la montre au boîtier réversible ou de la plus petite montre-bracelet au monde. Ils disposent ainsi de compétences d’exception, comparables uniquement au savoir-faire de leurs confrères horlogers. L’artisan expert qui pratique le sertissage traditionnel détermine lui-même le nombre et la position des pierres, avant de procéder aux deux perçages, un premier d’une grande finesse uniquement destiné à fixer leur emplacement et un second pour l’élargir à la grandeur de chaque pierre. Dans le sertissage neige, outre la complexité de l’ouvrage et le temps requis pour le réaliser, la sélection des diamants nécessite une grande expertise: les plus petits diamètres doivent pouvoir se fondre dans les designs les plus audacieux. Dernier procédé né de l’imagination des sertisseurs de la Manufacture, le rock setting, qui se caractérise par une disposition exceptionnelle de nature à révéler le feu des diamants de la plus belle eau.

La gravure

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© Jaeger – LeCoultre

Des outils qui ont traversé les siècles. Burins, ciseaux, limes, marteaux utilisés aujourd’hui, diffèrent peu de ceux possédés par les Egyptiens et les Troyens.

Trait d’union entre le regard et les émotions, la Reverso prête volontiers son boîtier à l’expression de l’intime. L’envie de fixer la beauté cachée.De célébrer de solennels instants. Festivité, anniversaire, commémoration particulière, le boîtier réversible consent à tous les à-propos, les érige en monogrammes, initiales, dates, armoiries, souvenirs personnels et moments magiques… gravés au verso de la légendaire montre réversible. Un visage réservé au temps, l’autre à la personnalisation. Eloge à la tradition artistique, la gravure souligne l’importance de l’imaginaire dans l’originalité.Mieux, elle scénarise le boîtier de la montre Reverso. L’art demande un savoir-faire rare. Légataire d’une connaissance artistique unique, d’une habileté proverbiale, le graveur de la Manufacture Jaeger-LeCoultre a la noblesse de la tradition: il préfère l’usage d’outils manuels à la machine. A l’abri de l’effervescence, dans un atelier paisible, il grave les boîtiers réversibles. Coutumier des armoiries, initiales, dessins, il illustre et personnifie le deuxième visage de la montre Reverso. En exauçant le vœu d’un propriétaire du légendaire garde-temps, il signe sa montre et noue une relation privilégiée avec lui.