Georges W. Skaff

Prestige N 260, Mars 2015

Un art journalistique et politique

L’écriture et la politique se rencontrent-elles? Toutes les deux sont un art, l’art de s’exprimer et l’art de diriger. Alors que les écrits défendent des droits, la politique œuvre à leur réalisation. L’écrivain et le politicien se complètent donc. En 1976 au Liban, l’enjeu était de taille, avec un pays en guerre et une situation économique incontrôlée. Georges Skaff, journaliste, écrivain et ministre à cette époque, a réussi le pari. A la tête de trois ministères et de Télé Liban à une période critique de l’histoire du Liban, sa carrière a été jalonnée de stations, maillons d’une chaîne qui s’enchaînent avec une logique impressionnante. Comment Georges Skaff a-t-il réussi à investir ces étapes? Quelle était sa vraie vocation? Coup d’œil rétrospectif sur un long et riche parcours auréolé de succès, dans cette rencontre avec Prestige.

Georges Skaff

 

 

 

 

 

Politicien ou écrivain? Journaliste ou P.-D.G. de Télé Liban? Quel titre aimeriez-vous qu’on vous donne aujourd’hui, et que ressentez-vous? Tous ces titres sont chers à mon cœur. Toutefois j’aimerais celui d’écrivain journaliste car j’ai toujours eu la conviction que j’étais plus fort en tant que journaliste. Sur le plan politique, je pense qu’il est difficile, voire impossible au Liban, de pouvoir convaincre les personnes à travers le dialogue. C’est plutôt à travers la pratique, les actions, qu’on réussit à tracer la voie à suivre. En tant qu’écrivain, avec plus de dix ouvrages publiés, je m’estime aujourd’hui heureux et fier. Mon essai littéraire, Karmona fi Alline, est «une création printanière, un Printemps éternel», aux dires de mon ami le poète du siècle, le regretté Saïd Akl. Il a été traduit en français par Amine Zeidane et lancé en 2004 dans la célèbre Grotte de Jeita.

Vous avez grandi et fait vos études au Collège Oriental, à Zahlé. Quels souvenirs gardez-vous de cette époque? Le Collège Oriental était considéré non seulement comme le premier établissement scolaire de Zahlé, mais aussi de tout l’Orient, tant le niveau de la langue et de la littérature arabe était excellent. Bien davantage, le collège a réuni un même groupe d’amis, qui a grandi dans un esprit et une ambiance uniques, telle une équipe sportive. Du primaire jusqu’à la terminale. Au sein de chaque classe, il y avait de brillants élèves qui ont excellé plus tard dans la vie, chacun dans son domaine. Jusqu’à présent nous nous retrouvons annuellement et retombons dans l’enfance, évoquant gaiement les souvenirs d’antan. Au collège, nous avions la chance de voir tous nos rêves concrétisés, à l’instar du Club culturel accueillant des conférences littéraires de qualité, et du Club sportif équipé de terrains de jeux et de courts de tennis. Le collège a également lancé le journal Al Charqiya qui comprenait outre les articles de son président ou de son directeur, un concours de rédaction arabe auquel participaient les premiers de chaque classe ainsi que les différentes activités artistiques de l’école. Cette publication a permis à de nombreux élèves de devenir rédacteurs dans les fameux journaux de Zahlé, comme «Zahlé el Fatat» et «Al Wadi».

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Deux prix que vous avez reçus du Collège Oriental vous ont fortement marqué… Effectivement. Le premier prix date de 1948. C’est celui que m’a remis le poète Saïd Akl qui était encore au début de sa lancée littéraire. Il nous donnait, au cycle secondaire au Collège, un cours hebdomadaire de «dissection» de la beauté d’un vers. Un jour, il nous proposa de rédiger un paragraphe sur le Liban où la question comportait la réponse. Un concours que j’ai eu la chance de gagner et de remporter le précieux lot, Cadmos, le premier recueil de poèmes dédicacé de Saïd Akl. Concernant le second prix, le Club arabe de l’Université américaine de Beyrouth avait organisé un concours de dissertation. Parmi les quarante établissements scolaires libanais participants, six étudiants ont gagné, dont deux du Collège Oriental de Zahlé: Joseph Sayegh et moi. Fierté, la nouvelle a été publiée dans les journaux libanais et à la Une d’Al Charqiya avec l’édito.

Comment avez-vous concilié études de droit et journalisme? Grand amateur de journalisme depuis que j’étais sur les bancs de l’école à Zahlé, je rédigeais des articles littéraires et autres pour les journaux «Zahlé el Fatat», «Al Wadi» et «Al Bilad», et «Al Bayraq», le «Télégraphe» à Beyrouth. En 1952, je me suis inscrit au Syndicat des journalistes et ma carrière dans ce domaine a débuté en 1953, avec la parution du journal Al Jarida. A cette époque, le pays vivait une ère d’éveil national et de sensibilisation à la cause libanaise, et le Cénacle libanais de Michel Asmar organisait une série de conférences annuelles regroupant les sommités libanaises du monde intellectuel, littéraire et politique. Je tenais à assister à toutes ces réunions et en faisais un condensé que j’ai reproduit dans mon ouvrage «Haqaëq Libnaniya». Après chaque conférence, la soirée se poursuivait au restaurant «Al Ajami» situé au-dessous des bureaux d’An Nahar, à la fin de la rue Souk Tawilé. Un jour, alors que j’avais apprécié la conférence donnée par le fameux expert en irrigation Ibrahim Abdel Aal, j’ai eu l’idée de déposer mes notes dans la boîte à lettres d’An Nahar, sous le pseudonyme de «Geoska», abréviation de Georges Skaff. Le lendemain, j’eus l’agréable surprise de voir mon article publié sur une page entière du quotidien. J’ai continué à envoyer des articles à travers la boîte, jusqu’au jour où le rédacteur en chef d’An Nahar Louis el Hage, m’a surpris en flagrant délit. Il m’emmena dans son bureau et me proposa d’écrire d’autres sujets en contrepartie d’un salaire. J’ai refusé son offre sous prétexte de terminer mes études de droit.

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Racontez-nous votre entrée à Al Jarida J’étais en deuxième année de droit lorsque Georges Naccache lançait un grand quotidien en langue arabe du calibre de l’Orient en français qu’il possédait. Un journal de huit pages plus une page supplémentaire en couleur. Une campagne d’envergure était organisée à cet effet. Nasri Maalouf, son associé, rédigeait l’édito, et Rouchdi Maalouf en était le directeur général de rédaction. Lorsque j’ai rencontré ce dernier pour un emploi en tant que journaliste, il n’y avait plus de poste vacant. Discret et galant, Rouchdi Maalouf me proposa un poste «modeste» à ses yeux, celui d’assistant du chef du service international. J’ai immédiatement accepté l’offre que j’accomplissais le soir, consacrant la matinée à mes études de droit. Fier de l’énorme succès réalisé par le journal, Georges Naccache invitait chaque soir ses amis ambassadeurs et personnalités à visiter le local. A chaque visite, il remarquait ma présence, préoccupé que j’étais à organiser les dépêches. Un soir, il m’aborda franchement, se présenta puis me demanda amicalement de venir assister, le lendemain, à la réunion de la rédaction. Quelle ne fut ma surprise lorsqu’il annonça ma nomination en tant que rédacteur du service international. Plus grande encore fut-elle en touchant, à la fin du mois, un salaire énorme à cette époque, 600 livres libanaises. C’est ainsi que j’ai décidé de devenir journaliste à part entière, et de remettre à plus tard ma troisième année de droit.

Et comment s’est déroulée votre évolution au sein de ce journal? L’évolution s’est déroulée en deux étapes, de 1953 à 1964. La première a eu lieu lorsque j’ai remplacé Rouchdi Maalouf comme secrétaire de rédaction. Puis quand Nasri Maalouf est devenu ministre des Finances, et qu’il fallait quelqu’un d’autre pour écrire l’édito. Comme le choix de la personne tardait à venir, j’ai proposé de publier une colonne consacrée à Saïd Akl, et me chargeais de rédiger un article par semaine. La deuxième étape s’est déroulée lors d’une réunion de la direction. Le tirage du quotidien était excellent durant les jours de la semaine mais déficitaire le dimanche, en raison de la fermeture des marchés et de l’absence de vendeurs et de publicités ce jour-là. Comment allait-on limiter les frais? Réduire le nombre de journalistes? Il fallait trouver une solution. J’ai pensé à la meilleure manière d’attirer de nouveaux lecteurs parmi les étudiants, les écrivains et les poètes. Plutôt donc que de limiter les pages, j’ai proposé de publier le dimanche un supplément littéraire, scientifique et artistique, avec des activités, des promotions, une tribune libre. Georges Naccache a approuvé l’idée qui méritait l’essai. Le supplément a paru et a eu de larges échos avec la contribution de Saïd Akl, Adel Malek, Riad Honein… C’était une première pour un quotidien, une renaissance artistique et scientifique. Bien plus, le numéro du dimanche a engendré le double des bénéfices du quotidien.

En 1970 vous êtes devenu propriétaire d’Al Jarida En 1969, j’ai réussi à obtenir la gérance libre du journal pour cinq ans, et en 1970, Georges Naccache m’a accordé le droit de cession d’Al Jarida. Les bureaux furent transférés dans un nouveau local à Tabaris. Le supplément hebdomadaire a été remplacé par une conférence-débat autour d’un thème déterminé à laquelle participaient responsables et mohafezines libanais. C’était un véritable dialogue national. Tous ces documents ont été rassemblés dans «Hiwar min doun tawilat», un ouvrage dont la couverture portait la signature de Pierre Sadek. Malheureusement la guerre libanaise de 1975-1990 a dévasté les locaux et nous a contraints à arrêter la publication du journal. Mais mon activité journalistique a continué avec la publication de numéros spéciaux et d’articles politiques dans An Nahar, As Safir, Al Anwar, Al Hawadès et la revue de l’Ordre de la presse.

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Quel rôle joue la presse dans la politique? La presse et la politique sont deux milieux concordants et complémentaires. La presse joue un rôle déterminant dans la prise des décisions politiques. Les politiciens, à l’instar de Raymond Eddé, Kamel el Assaad, Amin el Hafez et autres, se réunissaient chaque soir dans les bureaux des journaux, notamment d’Al Jarida pour suivre le cours des événements et adopter une position déterminée. C’était le lieu de rencontre des hommes politiques et de la prise des décisions importantes susceptibles de satisfaire l’opinion publique et de servir les intérêts du citoyen et de la patrie. N’oublions pas que c’est grâce à la presse, représentée par Georges Naccache et Ghassan Tuéni, et à Henri Pharaon, que la Troisième Force a été créée pour faire face aux crises politiques engendrées tous les six ans par la reconduction. Il suffisait, par exemple, qu’une manchette soit publiée pour qu’un cabinet réussisse ou démissionne.

Vous avez participé à la vie politique libanaise. Quelles impressions avez-vous gardé de cette expérience? J’ai toujours aspiré à être un journaliste indépendant, loin de la politique et des politiques partisanes. Malheureusement, en 1975, la guerre a dévasté les locaux d’Al Jarida à Tabaris, qui ont subi de gros dégâts, ce qui nous a contraints à l’arrêt de la publication. En 1976, j’ai été appelé à participer à un cabinet de salut national formé de six ministres, en remplacement du ministre démissionnaire Philippe Takla. C’est ainsi que suite à un remaniement ministériel, je me suis vu attribuer les ministères des Finances, des Télécommunications et de l’Economie nationale, dans un gouvernement d’expédition des affaires courantes au cours de cette année charnière 1976-1977, avant la passation des pouvoirs entre le président Sleiman Frangieh et Elias Sarkis. Que pouvait bien faire un journaliste au sein d’un tel gouvernement pour servir les intérêts des citoyens?

Comment avez-vous réussi à assumer vos fonctions? Le fin juriste Antoine Baroud m’a facilité la tâche en m’avançant une étude du droit français sur les prérogatives exceptionnelles du ministre dans des circonstances exceptionnelles, comme les nôtres. Si le Conseil des ministres n’arrive pas à se réunir pour une raison majeure, comme la guerre, le ministre est habilité, seul, à prendre des décrets unilatéraux. Comment un ministre des Finances pouvait-il  avoir des rentrées d’argent sans avoir recours au ministère? Comment un ministre des Télécommunications pouvait-il travailler au sein d’un ministère où les lignes étaient coupées dans la plupart des régions? Comment un ministre d’Economie nationale pouvait-il travailler alors que tous les ports légaux étaient occupés, régis par la contrebande et l’anarchie? Il fallait trouver des solutions pratiques. J’ai donc commencé par le volet financier en assurant à 35.000 employés leurs salaires non payés depuis huit mois, après l’assassinat du directeur des Finances Khalil Salem, à travers l’ouverture, dans les régions concernées, d’un compte spécial au nom du ministère des Finances. Puis j’ai réussi à collecter des recettes en imposant des taxes douanières dans les ports légaux qui étaient en fonction. Arrive le tour de la Mécanique qui fut restaurée pour devenir, d’un lieu dévasté à Dékouaneh, un lieu sûr et propre où les citoyens venaient conclure leurs opérations et payer leurs redevances. Enfin, les télécommunications qui étaient dépourvues de recettes et de communications, la plupart des lignes téléphoniques étant coupées. Comme il était difficile d’assurer une liaison entre elles, la réparation des réseaux a commencé au nord, puis en trois jours et grâce aux efforts gigantesques de l’armée libanaise, une ligne de campagne terrestre a été installée entre Zahlé et le Metn, et ainsi de suite, malgré toutes les opérations de sabotage qui ont suivi.

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Le restaurant de l’hôtel Chtaura Park a été transformé en Parlement, le temps de la cérémonie de passation des pouvoirs entre les présidents Sleiman Frangieh et Elias Sarkis. Le président Elias Sarkis prête serment, avec à ses côtés, le président de la chambre Kamel el Assaad. Au premier rang, le vice-président du Conseil Camille Chamoun, et les ministres, émir Majid Arslane, Adel Osseirane et Georges Skaff. 

© Archives Georges Skaff

Vous avez côtoyé de près le président Sleiman Frangieh. Quel souvenir aimeriez-vous évoquer? Bien plus qu’un souvenir, j’aimerais signaler la noblesse d’âme d’un président lors de la cérémonie de passation des pouvoirs. Ce jour-là, il m’avait confié qu’il remettrait les fonctions à son successeur sans signer de décrets susceptibles de créer des problèmes ultérieurs compromettants. A 23h50, il a déclaré devant le public présent: «A minuit, je pourrais enfin dormir la conscience tranquille». Effectivement, malgré toutes les suggestions faites afin de le persuader de signer quelques décrets de dernière minute, le président a tenu sa promesse.

Vous avez présidé, de 1990 à 1993, la chaîne de télévision locale Télé Liban. Pouvez-vous nous en parler? Lors de l’élection du président Elias Haraoui, après l’accord de Taëf, la route menant à Baabda était inaccessible. Le ministre de l’Information à l’époque, Edmond Rizk, a nommé six personnalités du secteur public et six autres du secteur privé pour former le conseil d’administration de Télé Liban. Il m’a choisi ainsi que Fouad Obeid et Bassem el Sabeh. Nous résidions au premier étage de l’hôtel Carlton et la télévision à Tallet el Khayat était sans employés et dépourvue d’antennes. J’ai fait appel à cinq présidents d’agences publicitaires, dont Antoine Choueiri, Abou Assi Yasmine et Nasser Qandil. Avec chaque offre, un chèque du même montant devait être présenté. Mais comme les offres n’étaient pas satisfaisantes, j’ai réclamé à trois reprises, de meilleures propositions. Des cinq adjudicataires, il n’en restait que trois. Et des 50.000 dollars proposés au départ, j’ai élevé la somme à 450.000 dollars. C’est ainsi que nous avons réussi à commander les équipements et à ramener en toute sécurité, les employés au lieu de leur travail. Malheureusement la télé a été visée à nouveau par les obus et a été brûlée. Pour assurer la continuité du travail, nous avons loué un local au Centre Ivoire à partir duquel nous avons diffusé le lancement officiel de la reprise de Télé Liban célébrée à l’hôtel Al Bustan.

Quelle période de votre vie a-t-elle été la plus agréable, la plus riche, la plus fertile? J’estime que chaque période a eu sa part agréable et riche. Je n’ai jamais accepté ou accompli un travail comme une corvée. En tant que journaliste, j’ai réussi à donner plusieurs rôles à jouer, à satisfaire plusieurs courants et à obtenir de bons résultats.

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Quelle réalisation pour votre ville natale Zahlé, aimeriez-vous mentionner? La transformation de l’ancien sérail de Zahlé en musée d’art libanais, un concept inexistant au Liban. L’idée a germé dans ma tête lors d’une réunion organisée le week-end dans notre domicile à Zahlé, avec le poète et ami Saïd Akl et le mohafez Nasri Salhab, une personnalité charismatique et un homme de lettres très cultivé. Une autre réalisation dont je suis très fier est le symbole de la ville qui trône à l’entrée de Zahlé, un chef-d’œuvre de Samih el Attar représentant une femme portant une grappe de raisin, symbole du vin et de la poésie.

Vous avez embrassé plusieurs carrières, comment les définissez-vous? Toutes les carrières que j’ai menées s’entrelacent et s’enchaînent. A chacune d’elles, j’ai donné un goût particulier. En tant qu’avocat, j’ai pris la défense des droits des individus; en tant que journaliste et politicien, j’ai donné plusieurs poussées. Le journalisme m’a ouvert grand les portes du contact et de la communication avec les autres. J’estime heureux celui qui réussit à réaliser et à obtenir ce qu’il désire pour lui-même et pour son pays sans avoir à «solliciter» de rendez-vous ou une visite au responsable.

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Si vous n’étiez pas Georges Skaff, qui auriez-vous aimé être? Moi-même, encore et toujours. Celui qui veut se faire passer pour un autre que lui-même est condamné à l’échec. Enlevez-moi de ma vie, je ne serai plus moi-même. Il ne faut pas chercher à imiter telle ou telle personne, mais plutôt rester soi-même et sincère envers soi-même. Dans notre vignoble à Alline, aux alentours de Zahlé, j’ai planté 17 cèdres, le même jour, à la même heure. Résultat? Aucun cèdre ne ressemble à l’autre. C’est le travail de la nature et de l’environnement qui façonne la créature. C’est sous ses vignes que nous nous réunissons avec les amis autour de rencontres littéraires et culturelles.

Propos recueillis par Mireille Bridi Bouabjian