Hommage à Elie Skaff

En hommage à l’ancien député et ministre Elias Skaff, Prestige reproduit une interview, dans laquelle il raconte sa vie hors du commun, comment il a été déraciné au cours de son jeune âge et son retour triomphal à Zahlé.

Prestige International Juillet 1999

Nous avions rencontré Myriam et Elie dans le cadre paisible de leur maison à Yarzé pour un entretien plein de chaleur et de spontanéité, durant lequel leurs personnalités sincères et authentiques ont transparu.

 

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Elie Skaff © Prestige

 

Vous venez tous deux de familles politiques bien établies dans deux régions différentes du Liban. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous-mêmes et votre histoire familiale? Elie: Ma vie est un peu déroutante. Je suis né dans un pays, avant de passer deux ans au Liban, puis je suis retourné à Chypre, de Chypre au Liban et du Liban à la Nouvelle-Zélande où j’ai passé 11 ou 12 ans. Je suis finalement revenu au Liban en 1964. C’est une culture tout à fait différente de la Nouvelle-Zélande, il m’a fallu un certain temps pour m’adapter et faire partie de la société libanaise. Et au début, quand je suis rentré, je devais commencer ma vie de nouveau presque à zéro. J’ai commencé l’école secondaire depuis le début parce que je devais apprendre la langue à nouveau et ça n’a pas été facile, surtout quand vous passez d’une langue latine à la langue arabe.

Pourquoi êtes-vous revenu à cette époque? Je pourrais écrire un livre entier sur le sujet. Mon père m’avait effectivement perdu de vue pendant quinze ans. Mon père avait épousé ma mère, qui était grecque, mais les gens avec l’ancienne mentalité libanaise n’étaient pas ouverts aux étrangers et mes grand- parents ont séparé mes parents, ma mère est partie pour Chypre, où je suis né. Peu de temps après ma naissance, nous sommes revenus avec ma mère au Liban ce qui a rendu mon père très heureux, mais ils ne s’entendaient pas, alors ma mère m’a emmené en Nouvelle-Zélande où j’ai vécu jusqu’à l’âge de quinze ans. Après que ma mère m’eut emmené en Nouvelle-Zélande, mon père est devenu furieux et a embauché des détectives privés pour partir à notre recherche partout dans le monde sans résultat. Par pur hasard, des Libanais de retour de Nouvelle-Zélande apprirent à mon père que je vivais là-bas. Je suis finalement retourné au Liban en 1964. A l’occasion de la célébration du succès de mon père aux élections, mon père a déclaré: «Je suis si heureux aujourd’hui». Les gens croyaient qu’il exprimait son bonheur d’avoir gagné, mais en fait la vraie raison était celle de mon prochain retour de Nouvelle-Zélande. En fait, il y avait une confusion sur le jour où je devais arriver et je suis venu un jour plus tôt que mon père l’attendait. Ma mère me parlait toujours de mon père et qui était mon père et quand je suis arrivé à l’aéroport, j’ai trouvé qu’il n’y avait personne mais le lendemain, une foule énorme de gens sont venus me souhaiter la bienvenue à la maison de mon père. J’étais impressionné par le nombre de personnes à Zahle qui sont venus pour m’accueillir et me rencontrer. Les gens même à l’époque me fixaient, car les gens voyageaient peu et il leur semblait étrange que je vienne de si loin. Plus tard, à cause de la guerre, les gens commencèrent à plus émigrer.

 

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Elie avec sa mère Hélène en 1953. Copyright: Prestige

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Elie est accueilli à son retour au Liban de la Nouvelle-Zélande à l’âge de quinze ans. Copyright: Prestige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avez-vous trouvé une grande différence dans la façon de vivre ici? Ce qui m’aide dans mon travail, est que j’ai une façon de penser semblable à celle des étrangers, ce qui signifie que ce qui est noir est noir et ce qui est blanc est blanc. Au début, quand je suis arrivé, c’était difficile car j’étais sur le point de commencer une nouvelle vie en Nouvelle-Zélande puis quand je suis venu ici ce rêve a disparu. J’ai aussi trouvé la langue difficile .Finalement, j’ai fini l’école ici et suis allé à l’AUB où j’ai étudié le génie agricole, ce qui était un choix normal vu que nous possédions beaucoup de terres. Je fus diplômé de l’AUB en 1975, mais une fois de plus un autre rêve m’a été refusé, puisque je voulais commencer à travailler, mais la guerre a mis un terme à cela. Au même moment où je me présentais avec mon diplôme, la guerre avait déjà commencé.

Avez-vous continué à voir votre mère? Oui. Elle s’est remariée et j’ai quatre demi-frères et sœurs de ce mariage et j’ai aussi deux sœurs Yasmina et Karina du troisième mariage de mon père.

Comment êtes-vous venu à la politique? Mon grand-père était dans la politique pendant trente ans et puis mon père a repris le flambeau à l’âge de dix-huit ans et est resté dans la politique pendant cinquante ans. Tout d’abord la langue ne m’a pas aidé, car vous ne pouvez pas avoir un représentant politique qui ne peut pas parler l’arabe lors d’une réunion et je n’avais pas non plus l’expérience, même si j’ai vécu avec mon père presque toute ma vie. Alors, quand mon père est mort en 1991, lorsque j’avais quarante ans, je suis entré en politique, même si ce fut le pire moment puisque ce fut une période de transition pour le pays. J’avais très peur au début parce que je savais que je devais continuer le travail de mon père, mais en même temps je ne savais pas comment m’y prendre. Mais je devais le faire. Les premières élections auxquelles j’ai participé ont eu lieu en 1992. J’ai reçu tellement de soutien d’un côté les partisans de mon père, ce qui m’a guidé tout au long mais en même temps il y avait aussi beaucoup d’opposition. Mais cette opposition a seulement servi à augmenter le soutien de la population pour nous. En fait, le jour de notre mariage, malgré l’interdiction du gouvernement  de grands rassemblements dans les rues, plus de gens que prévu  sont sortis pour nous accueillir comme Myriam et moi-même retournions à Zahlé suite à notre cérémonie de mariage.

 

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Elie dit: «C’est ma photo préférée de Myriam.» Copyright: Prestige

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Myriam et Elie célèbrent leur journée de mariage. Copyright: Prestige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puisque nous parlons de votre mariage, comment vous êtes-vous rencontrés? Myriam: Mon père a tenu un déjeuner à Ayoun Urghush dans la Bekaa pour promouvoir l’agriculture. Nous étions tous deux présents au déjeuner et voilà comment nous nous sommes rencontrés.

Myriam, qu’est ce qui vous a attiré vers Elie? Son visage qui reflétait sa douceur et sa gentillesse. Et sa qualité d’homme terre-à-terre. Il était amusant et compréhensif. Je me suis sentie proche de lui et à l’aise tout de suite.

Et Elie, qu’est-ce qui vous a attiré vers Myriam? Myriam est non seulement belle, elle est intelligente et bien élevée. Il y avait de la pression sur moi pour me marier et les gens me demandaient pourquoi je ne m’étais pas marié, mais je n’avais jamais trouvé la bonne personne. Le mariage est un engagement à vie et trouver la bonne personne n’est pas facile. Donc, j’ai continué à chercher jusqu’à ce que j’aie trouvé Myriam. Toutes les femmes ne sont pas habilitées à mener la vie de femme de politicien mais heureusement, son père était un politicien alors qu’elle avait déjà une idée à quoi s’attendre.

Myriam, contribuez-vous en aucune façon à la vie politique d’Elie? Oui, je suis très préoccupée par ce qui se passe parce que je suis sa compagne de vie et je dois le soutenir dans tout ce qu’il fait. Nous avons les mêmes objectifs. Quand j’étais plus jeune, je m’intéressais un peu à la politique, mais j’avais ma propre vie et j’ai laissé les responsabilités politiques à mes parents, mais mon éducation dans un milieu politique était une préparation pour ce qui était à venir. Maintenant, je vais à Zahlé presque chaque week-end avec Elie. J’accueille les gens dans ma maison et essaye d’organiser leurs réunions avec Elie et j’écoute leurs problèmes en essayant de les aider de n’importe quelle manière.

Myriam, quelle a été la réaction de vos parents quand vous avez épousé un homme politique? Ils l’aimaient beaucoup. Ils pensaient qu’il serait bon pour moi. Et ils avaient raison parce que je me sens une femme accomplie .Une bonne communication, le respect et la façon dont vous vous traitez respectivement sont très importantes dans un couple, pour le faire fonctionner et je trouve que nous avons ces qualités.

 

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L’ancien président du Liban Camille Chamoun avec Joseph et Elie Skaff. Le père et le fils. Copyright: Prestige

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Photo d’Elie avec les chefs tribaux de la Bekaa. Copyright: Prestige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Joseph Skaff était très populaire auprès des gens de la Bekaa. Copyright: Prestige

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Elie Skaff lui aussi était populaire auprès des gens de sa région © Prestige