Visite des Hauteurs de Batroun riches en Histoire

Prestige Nº 279, Octobre 2016

 

Douma

De l’Empire romain à nos jours

«Douma la santé, Douma le fer». C’est ainsi que l’on appelait ce village des hauteurs du caza de Batroun, perché à 1000m le long de la vallée de Kfar Hilda. Et pour cause. Réputé pour son climat idéal, son terrain riche et fertile en oliviers, vigne et pommiers, Douma était aussi surnommé «Douma el Hadid» en allusion aux riches minerais de fer et gisements qui s’y trouvaient et qui lui permettaient de produire des armes, épées et fusils, contribuant pendant longtemps à sa prospérité. Situé sur la route qui reliait l’intérieur syrien à la côte, le village a occupé pendant des siècles une place centrale, où Grecs, Romains et Ottomans y sont passés. Douma qui signifie maison ou château, aurait également tiré son nom de celui d’une impératrice orientale, Julia Duma, épouse de l’empereur romain Septime Sévère, 193-211, qui lui a construit un palais dans ce village. Vieux souk, 240 maisons classées patrimoine national, source d’eau Ain el Tahta portant des inscriptions grecques, endroits rocailleux aux inscriptions latines, sarcophage pour Castor ministre du Culte des dieux de la santé datant du IVe siècle av. J.-C., caveaux sur la place centrale et des églises du nom des familles de leurs bâtisseurs… Douma est une destination incontournable qui mérite bien le détour. Dans son livre «Histoire de Douma», le Père Costantine Bacha de la congrégation du Saint-Sauveur, relate d’une manière intéressante l’histoire du village depuis l’époque romaine.

 

 

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Douma a conservé son cachet architectural typique: des maisons en pierre de taille et des toits aux tuiles rouges. Sur la photo on distingue deux grands édifices religieux: l’église de Saydet el Niyah des grecs-orthodoxes construite en 1610 et l’église de Mar Semaan des grecs-catholiques restaurée en 1840.

 

 

 

Monastère Mar Youhanna à Douma

Le caza de Batroun est très riche en patrimoine religieux bâti, dont le monastère Mar Youhanna des grecs-orthodoxes et son ermitage datant de l’époque des Croisés. A l’instar des couvents de la région, il a été bâti au Ve siècle, sur les vestiges d’un temple païen du IIe siècle. Les bases sont constituées d’immenses blocs de pierres qui avaient été donnés à l’époque par les Romains pour la construction des temples. Sur les murs de l’ancienne église du couvent, construite à la même époque, on trouve des fresques qui datent du XIe siècle. Pendant longtemps, le monastère a été abandonné avant d’être restauré une première fois au XVIIIe siècle par les moines du monastère de Chouaiya dans le Metn, et une seconde fois au début du XIXe siècle. Effondré en 1956, le clocher fut restauré vers 1967, et durant la guerre libanaise, le monastère a été abandonné et transformé en caserne. En 1990, la nouvelle communauté monastique orthodoxe de la Sainte-Trinité s’y est installée. Depuis, une dizaine de moniales y vivent dans la prière, la contemplation et le travail de la terre.

 

 

 

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Vue du monastère Mar Youhanna entouré de terrains riches et fertiles, ce qui permet aux moines de vivre de leurs récoltes.

 

 

 

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  • L’église de la Sainte-Trinité était à l’origine une cave. Ses murs sont tapissés de superbes fresques, réalisées en 1999-2000 par l’iconographe roumain Castel Micu.
  • L’église de la Nativité de Saint Jean-Baptiste, construite au Vè siècle. Ses fresques datent du XIè siècle. Jusqu’au XXè siècle, elle a fait l’objet de nombreuses restaurations dont la dernière par Costel Micu.

 

 

 

Baloue Balaa ou Gouffre de Baatara,

Le Gouffre des trois Ponts

A cinq minutes du petit village de Balaa, sur la route entre Laklouk et Tannourine, le gouffre de Baatara ou le gouffre des trois Ponts est une merveille de la nature. De 250m de profondeur sur 260m de large, creusé durant l’ère jurassique dans les couches calcaires supérieures, il possède deux formations en forme de ponts, l’un au tiers de la profondeur depuis la surface, l’autre aux deux tiers. Depuis la rive opposée du gouffre, les deux formations donnent l’impression avec la partie supérieure de constituer trois ponts. Lors de la fonte des neiges au printemps, le gouffre de Baatara forme une cascade de 90m de hauteur qui chute derrière les trois ponts. En 1988, une exploration à la teinture fluorescente «dye» a montré que les eaux disparaissaient dans le golfe pour réapparaître au printemps à la source de Dalleh, dans la grotte Mgharet al-Ghaouaghir au niveau de Kfar Hilda, Bsetine al Assi. Le gouffre a été découvert en 1952 par le spéléologue français Henri Coiffait, alors que la chute d’eau et la doline l’accompagnant ont été cartographiées par le spéléo-club du Liban en 1980.

 

 

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Le gouffre de Baatara possède deux formations en forme de ponts. Avec la partie supérieure, elles donnent l’impression de constituer trois ponts.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hardine et le Temple du dieu Mercure

Situé à 1100m d’altitude, le village de Hardine, qui signifie «pieux» en syriaque, offre une vue imprenable sur les trois cazas de Batroun, Koura et Bécharré jusqu’à la mer, au large des côtes syriennes. Décoré d’un passé glorieux, il est réputé pour ses cavernes historiques, ses vastes forêts, ses fossiles marins incrustés dans la roche et attribués aux ères géologiques anciennes, ses ermitages mi-construits dans la roche, ses trente églises décorées de fresques anciennes, ses monastères creusés dans les parois de la montagne et ses tombes phéniciennes et romaines. Une particularité de la région, l’immense dalle ou «blata», un escarpement incliné vers l’ouest de dimension unique, 350m de long sur 100m de large, qui s’étale en pente douce entre les habitations. Dominant tous les accès vers la Békaa et la région Nord, le Temple de Mercure, dédié au dieu des Voyageurs et du Commerce, est d’une beauté féerique. Surnommé le «Palais romain de Hardine», il constitue l’un des plus grands et des plus anciens temples romains de la région remontant à l’époque de l’empereur Hadrien Auguste, 117-137. Du temple, on a une vue impressionnante sur 360 degrés, on peut même voir le littoral syrien. Hardine est le village natal de saint Nehmatallah el Hardini dont la maison a été aménagée en musée ethnique, et Sarah, la première femme ermite du Liban, 1199, est aussi la fille de Hardine. Avant son transfert à Wadi Qannoubine, le siège du Patriarcat maronite était à Hardine.

 

 

 

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Le Temple du dieu Mercure à Hardine se distingue par ses piliers de style Ionique rare.

 

 

 

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Une particularité à Hardine, l’immense dalle ou «blata» de l’ère géologique ancienne, escarpement pierreux de dimension unique, 350m de long sur 100m de large, étalé en pente douce entre les habitations aux toits rouges.