Bouchra Jarrar

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De la Collection Printemps-Eté 2017 de Lanvin © Lanvin

 

 

Dans le cadre de la semaine de la Mode, Prestige a interviewé Bouchra Jarrar, la nouvelle directrice artistique de Lanvin entre deux défilés. A la barre de la plus ancienne maison de Haute Couture depuis Mars 2016, elle a présenté sa première collection de Prêt-à-Porter Printemps-Eté 2017 pour la maison Lanvin. Impressions.

 

 

 

LANVIN ready to wear spring summer 2017 Paris september 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bouchra Jarrar, directrice artistique de Lanvin. © Lanvin

 

Mes créations s’adressent à une féminité très élargie

 

 

Vous êtes directrice artistique chez Lanvin depuis le mois de Mars 2016, quels sont les défis qui se posent quand on crée pour une marque déjà établie, comment faites-vous pour respecter les codes de la marque tout en mettant votre touche personnelle? La maison a des codes mais chaque créateur aussi a apporté ses codes dans la maison, aujourd’hui j’installe les miens qui sont inspirés par le nom de Jeanne Lanvin, mon inspiration a été amplifiée par l’histoire de cette femme extraordinaire. Sa mode était d’une modernité sans précédent, et ce qui m’intéresse c’est de faire une mode d’aujourd’hui.

Une mode intemporelle aussi? Qu’est ce qui vous a inspiré dans la nouvelle collection? Il était important pour moi d’exprimer une féminité très élargie, à travers cette belle proposition qui a nécessité une forte décision de ma part de fermer ma maison, c’est un geste fort que j’offrais à la maison Lanvin, pour y être entièrement. Par ce 1er défilé j’ai pu poser le nouveau vocabulaire de la maison Lanvin de cette nouvelle ère que j’ouvre.

Mais il y avait aussi un peu de masculinité? Oui c’est dans les gènes de l’histoire de la maison, Jeanne Lanvin a créé pour l’homme aussi et c’est pour ça qu’elle a fait d’aussi belles choses pour la femme. On vit une époque aujourd’hui où on croise les genres, mais la mode que j’apporte pour la maison est extrêmement féminine.

Je vois qu’il y a de la fluidité aussi? La légèreté c’est très important, même dans les smokings extrêmement fluides, extrêmement légers, il est important qu’on soit dans un joli confort mais avec de la tenue.

Est-ce que c’était facile pour vous de prendre cette décision de passer de Bouchra Jarrar à Lanvin? Ça a été très réfléchi, c’était une belle surprise pour moi qu’on me le propose.

Est-ce que c’est plus facile de s’exprimer sous son propre nom? Tant qu’on parle de créativité c’est formidable, aujourd’hui c’est un vrai plaisir pour moi de m’exprimer pour la maison Lanvin, mais je reste qui je suis. Etant dans un respect profond de l’histoire de la mode de cette maison, je m’adresse à toutes les femmes.

Il y a beaucoup de confort aussi dans vos habits? Il faut qu’on se sente bien, c’est quelque chose d’important? On peut porter du très haut de gamme comme on fait chez Lanvin mais en étant décontractés, la beauté pour moi c’est une femme hyper structurée et détendue en même temps.

Pensez-vous qu’être une femme qui crée pour femmes, ça change un peu la donne? Pour moi la mode n’a pas de genre, il y a de la place pour les hommes et pour les femmes, mais en tant que femme je sais ce qu’une femme peut ressentir et comment elle est faite.

Qui est selon vous la femme Lanvin? Il n’ y a pas une femme Lanvin, il y a plusieurs femmes Lanvin, c’est une sublime maison qui a traversé le temps depuis plus de 100 ans. J’essaie à travers ma création d’élargir le spectre.

La femme orientale se retrouve très facilement aujourd’hui dans votre collection, il y avait des caftans qui plairaient beaucoup à la femme moyen-orientale? Vous voulez parler des combi pantalons très souples. Je ne le voyais pas du tout comme ça mais c’est formidable.

A une certaine époque la mode était limitée par les frontières, Jeanne Lanvin faisait des collections spécifiques à des marchés? Jeanne Lanvin s’intéressait à plein de territoires dans le monde, elle avait des livres sur le Pérou, je pense que c’était quelqu’un de tourné vers le monde. J’ai toujours été portée par la mode française et de pouvoir la donner de façon universelle, c’est ce qui compte.

Le fait que la mode n’ait plus de frontières, est-ce un avantage ou un inconvénient? C’est un avantage, ce qui est important dans l’édition d’une collection c’est de pouvoir proposer différentes formes, différentes souplesses, différentes longueurs, c’est formidable de faire une grande collection car le plus important c’est de pouvoir répondre à toutes les demandes.

Si vous devriez décrire Lanvin en quelques mots? Ce que vous avez ressenti? Ce sont des choses que je ressentais avant, pour moi le féminin c’est la sensualité, c’est la force, c’est la grâce, c’est l’énergie, c’est la tendresse. Le vêtement est notre meilleur ami il faut qu’il nous donne confiance, il faut qu’on se sente redressée.

Quand on prépare sa 1ère collection dans une maison comme Lanvin, comment est-ce qu’on gère le stress des attentes? Je gère le stress en l’intériorisant parce que je ne veux pas le diffuser aux équipes. J’aime travailler dans une énergie positive, ça ne veut pas dire que c’est hyper calme dedans, je reste extrêmement concentrée sur mon travail pour chasser toute pression, je dois rester sereine pour donner le meilleur à la maison.

Est-ce que vous lisez les critiques? Oui je lis les gens que j’aime beaucoup, mais je vais chercher le positif. Comme la collection a été sublimement accueillie ça m’a fait plaisir pour la maison et pour nous tous ici.

Selon vous quelle est la pièce indispensable? Il est important d’avoir une silhouette pantalon, qu’elle soit fluide ou très structurée. Il est important d’avoir une silhouette jupe, il est important d’avoir une silhouette robe. Et par-dessus il faut penser à son manteau, mettre ses chaussures et choisir son sac.

Avez-vous un message pour nos lectrices? J’adorerai rencontrer cette culture, rencontrer ces femmes, qui aiment tellement la mode. Il y a des artistes merveilleux qui émergent de chez vous, je pense au chanteur Mika, cette culture qui doit être extraordinaire avec toutes les belles et dures choses traversées, qui forgent des gens exceptionnels. Propos recueillis par Maria Nadim.