Didier Le Grand

Prestige N° 283, Fév.Mar. Av. Mai 2017

 

L’art dans tous ses états

 

Didier Le Grand, un talent aux mille facettes, perçoit l’art comme une interrogation de la multiplicité, où conscient et inconscient se mêlent pour parler à notre sensibilité. Au départ styliste de mode, Didier Le Grand s’est consacré au monde de la photographie qui lui a ouvert de merveilleux horizons à l’architecture et à l’art de vivre.

 

Play-boy. Une réalisation photographique imprimée sur verre table basse en acier rétro éclairé d’une dimension de1,8m x 1,8m; cette œuvre est le fruit d’une série d’événements relatant les histoires controversées du couple et de ses incompréhensions fondées sur des relations matérielles. © Archives Didier Le Grand

 

 

Vous êtes en visite au Liban. Quel en est l’objectif? Ma visite a pour but de retrouver ce pays qui m’a vu naître où j’envisage de m’installer.

Racontez-nous votre parcours avec la photographie… Tout d’abord styliste de mode, la photographie s’est imposée d’elle- même comme une évidence. Peu à peu, l’image est devenue  une introspection, une quête, une réponse.

Pourquoi avoir quitté la mode? Je suis en quête de sens et la mode me frustrait, m’enfermait dans l’esthétique exclusivement. Elle ne me laissait aucun autre choix. En revanche l’Art m’a ouvert des horizons à la poésie, à la philosophie, à l’observation  où tout cet univers se conjugue.

Vos photos sont hors du commun. Qu’est-ce qui vous caractérise? La perception, capturer les énergies d’un lieu ou de personnes, leur donner un sens, une profondeur, une recherche symbolique sur chacun des sujets. Ensuite vient la réflexion pour la mise en œuvre du projet aussi, de quelle manière la mettre en valeur, par exemple, sur quel support je souhaiterais que l’image devienne objet.

Votre palette est large et variée… D’où puisez-vous votre source d’inspiration? Ma source d’inspiration vient de cette alchimie entre le conscient et l’inconscient, de mes sensations, de mon analyse personnelle, de mon esprit détaché du monde qui m’entoure. Je travaille aussi en communication avec les entreprises afin de leur apporter une identité visuelle cohérente dans le cadre de leur activité.

 

 

Time Square «Civilisations 2010». C’est une réalisation qui représente une perceptive de la Cathédrale de notre civilisation, le temple de la consommation mondiale, installé au cœur de Saint-Germain-Des-Prés dans un appartement de 800 mètres carrés. © Archives Didier Le Grand

 

 

 

La plupart de vos expositions ont lieu en France et ailleurs. Quelles sont les œuvres que vous exposez à Beyrouth? J’ai exposé à plusieurs reprises en France, en Malaisie et en Russie. Je compte à présent réaliser une exposition au sujet du Liban, c’est une approche forte de sensations et de symboles, musclée d’énergie et de nostalgie entre le passé et le présent.

Pour Didier Le Grand, l’art est… L’art interroge, nous questionne, nous soumet. L’Art c’est la cristallisation du moment présent.

Quel est le rôle de l’artiste aujourd’hui? De provoquer un questionnement, de se révolter, d’aimer, de donner du sens, car le sens dépasse l’esthétique. Etre attentif, avoir sa propre sensibilité à la vie qui l’entoure, sa propre expérience et réussir à la retranscrire sur la toile.

Vos œuvres varient entre l’insolite et le photomontage… Le photomontage me permet de mettre mon sujet en mouvement, une vie entière résumée en une image, de la nourrir de détails et d’invisible, de stimuler l’inconscient, l’image devient alors introspection.

 

 

Réalisation d’un pull cachemire en 2000 exemplaires reprenant tous les réseaux urbains de transport en fil de cachemire brodé à l’occasion d’un séminaire pour les actionnaires et les dirigeants. © Archives Didier Le Grand

 

 

Et qu’en est-il des «Intérieurs»…? Je réalise une œuvre personnalisée en fonction d’un lieu, d’une rencontre. J’essaye à travers cet exercice de trouver le trait d’union entre la personnalité du propriétaire et son lieu de vie. Je propose une création transdisciplinaire. Par la photographie, l’installation conceptuelle, l’objet, le design, le happening…, je conjugue des disciplines, des techniques et des matières, par un usage maîtrisé, alliant modernité et tradition.

Avez-vous une œuvre particulière qui serait très proche à votre cœur? Sans aucun doute la prochaine!

Quels souvenirs aimeriez-vous évoquer de votre parcours? Le souvenir le plus marquant c’est d’avoir drapé d’une mousseline de soie la «Venus de Milo» au Louvre, lors de la cérémonie du 10e anniversaire de la Pyramide de ce Musée.

Si jamais vous vous sentiez une autre vocation que la photographie, laquelle? Aucune autre. Propos recueillis par Mireille Bridi Bouabjian