Le Temps de Gaspard Ulliel

Prestige Nº 285, Juill-Août-Sept. 2017

 

Il est grand, mince, beau et musclé comme un matelot. Mais aussi charismatique, intelligent, curieux… On lui fait un compliment sur son physique, une fossette se creuse instantanément sur sa joue gauche. Il enchaîne les films: «9 doigts» de F.J. Ossang; «Eva» de Benoît Jacquot, avec Isabelle Huppert; puis «Les Confins du monde» de Guillaume Nicloux, avec Gérard Depardieu. A son poignet, Monsieur de Chanel, la première montre pour homme de la Maison. Il la défait pour en montrer le dessous. C’est transparent et on voit le mécanisme. «C’est comme un cœur qui bat, vous ne trouvez pas?» Et l’interview commence…

 

 

Le comédien français Gaspard Ulliel, égérie du parfum Bleu de Chanel, porte la montre Monsieur de Chanel. © Chanel Watches

 

 

Vous portez la montre Monsieur de Chanel dont le fonctionnement est inédit, subtil. Vous-même, seriez-vous capable de dire comment elle marche? Je vais vous surprendre: c’est une montre à heure sautante instantanée et à minute rétrograde.

Vous l’avez appris par cœur! Parce que cela m’intéresse vraiment. Quand l’heure change sur cette montre, l’aiguille de la minute repart à toute vitesse en marche arrière pour se remettre en position zéro. Dans un monde où tout est à l’emporte-pièce, ce merveilleux détail vient rappeler quelque chose du temps. De plus, elle fonctionne à l’ancienne. Elle a une autonomie de trois jours, mais il faut la remonter. L’heure qu’elle vous donne se mérite. Et aussi, si vous ne la remontez pas, vous arrêtez le temps. Cela vous donne un petit pouvoir.

Seriez-vous tenté de l’arrêter, le temps? J’ai une relation particulière avec la lenteur. Depuis l’enfance, on me fait cette remarque que j’ai un rythme à moi. On ne peut pas me presser. Je ne voudrais pas arrêter le temps, mais le sentir passer. Et une montre permet cela.

On a le sentiment que la montre a changé de fonction: avant, elle servait à aller vite, «Il a les yeux sur la montre», disait-on. Et maintenant c’est comme si le temps de la montre passait plus lentement que la vie. C’est exact. Cela en fait un objet plus précieux qu’avant. J’aime sentir ces petites secondes qui palpitent sur mon poignet. Etrangement, c’est apaisant.

 

 

Montre Monsieur de Chanel. Edition numérotée. Boîtier en platine, cadran émail Grand Feu affichant un compteur de minute rétrograde, une fenêtre d’heure sautante et un compteur de petite seconde. Premier mouvement mécanique à remontage manuel, Calibre 1, premier mouvement «in-house» de Chanel, intégrant deux complications: une heure sautante instantanée et une minute rétrograde sur 240°, 3 jours de réserve de marche. © Chanel Watches

«Quand l’heure change, l’aiguille de la minute repart à toute vitesse en marche arrière pour se remettre en position zéro… L’heure que cette montre vous donne se mérite.» © Chanel Watches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En y pensant, même votre jeu d’acteur a une certaine lenteur… Cela me plaît. La lenteur est le seul rythme où il peut y avoir une certaine poésie. Et je ne vois pas très bien ce que nous serions sans la poésie, non? Il faut accepter les plages de silence. Je ne suis jamais angoissé entre deux tournages, je n’ai jamais été ébranlé par des périodes sans projets. Je vis ce vide comme un espace inespéré. Le vide, c’est ce qui permet de se remplir. Enfin, disons que c’est ma manière d’être. Xavier Dolan, avec qui j’ai travaillé, a besoin d’hyperactivité, au contraire. Il va à cent à l’heure. Les secondes de ma montre lui sembleraient bien lentes.

Vous étiez au dernier Festival de Cannes pour «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan. A Cannes le temps est-il suspendu? Oh non, pas du tout, c’est un endroit d’urgence absolue. Souvent, nous n’avons même pas le temps de voir le film que l’on vient présenter, et nous le découvrons avec les spectateurs! Le temps là-bas est compressé, il est violent. Nous avons besoin de solitude et d’intimité, pour justement retrouver un souffle plus lent après.  Sinon j’imagine qu’on deviendrait fou.

Vous avez fait du théâtre, le fait d’être sur une scène change-t-il le rapport au temps? Oui, parce que ça change le rapport au corps. Le public est tenu à distance, il n’est pas à dix centimètres de votre visage comme au cinéma. Donc, il faut exprimer les choses avec le corps entier. C’est un long parcours.

 

 

© Chanel Watches

 

«Parfois, même dans le noir, j’écoute la trotteuse pour m’endormir…»

 

Diriez-vous qu’aujourd’hui tout va trop vite? Ce qui est affolant, c’est la juxtaposition de la vitesse et de la profusion. Toutes ces alertes sur le téléphone, je vais les désactiver. L’Hyperconnectivité. On est de plus en plus connectés mais on se rencontre réellement de moins en moins. Ces innombrables photos qu’on prend! J’ai un petit garçon, je ne peux m’empêcher de penser à ces milliers de photos que nous faisons de lui. N’est-ce pas un abus? Que va-t-il faire plus tard avec ces montagnes de photos, le pauvre? Les mettre sur son téléphone à lui? Toutes ces traces indélébiles de son passé, comme si sa vie était minutieusement archivée en un colossal roman-photo… J’ai parfois la terrible impression que l’on est en train de lui voler sa mémoire. De le déposséder de son libre arbitre et de toute liberté d’interprétation quant à son passé. Ses souvenirs seront inévitablement altérés, voire abîmés par toutes ces photos. C’est un peu comme si on l’empêchait de se raconter sa propre vie, il n’y a plus de place à la fantaisie, au rêve, à la légende. L’image anéantit l’imaginaire.

Vous êtes plutôt montre que téléphone, donc? Je voudrais vous répondre affirmativement, mais, même sans être sur aucun des réseaux sociaux, je passe un temps fou sur mon téléphone. Dès que j’ai une lacune sur un domaine, je pars m’instruire sur internet. C’est quand même merveilleux d’avoir la connaissance illimitée (enfin, presque!) là sous la main.

Vous souvenez-vous de votre première montre? Ah ça, oui! C’était une Flik Flak. L’aiguille des heures était un petit bonhomme, et l’aiguille des minutes, un grand bonhomme.

Puis-je vous demander votre âge? Oui, j’ai… Quel âge j’ai, au fait? 32… 33… C’est terrible, je ne sais jamais mon âge. 32 ans!

Je pensais que la montre Monsieur de Chanel disait l’âge, aussi! Elle fait mieux que ça: elle me rappelle que chaque seconde compte. C’est pour ça que je la garde même pour dormir.

Non! Je ne vous crois pas! Détrompez-vous. Parfois, même dans le noir, j’écoute la trotteuse pour m’endormir.

 

 

Le comédien français Gaspard Ulliel, égérie du parfum Bleu de Chanel, porte la montre Monsieur de Chanel. Edition numérotée. Boîtier en or blanc 18ct, cadran opalin ivoire, mouvement mécanique à remontage manuel, Calibre 1 intégrant deux complications: une heure sautante instantanée et une minute rétrograde sur 240°, 3 jours de réserve de marche. © Chanel Watches