George Clooney

Prestige N 287-288, Déc. Janv. 2017-2018

 

Acteur, mari et …père

George Clooney est un homme chanceux et il le sait. Une carrière phénoménale, un beau mariage avec Amal Alamuddin et maintenant, des jumeaux, Ella et Alexander. «C’est parfait», dit-il de la paternité. «C’est une étape de ma vie que je ne pensais pas pouvoir expérimenter, je suis un homme chanceux. Comment un homme peut-il être aussi chanceux? Avec à peine quelques moments à accorder dans sa course colossale pour la promotion de son nouveau film, «Suburbicon». C’est plus un bavardage sur le film pimenté de légères parenthèses personnelles. Mais on a tendance à oublier combien George est affûté à ce jeu. Ou peut-être que c’est juste un homme affable et charmant. Durant la conversation sur sa récente réalisation basée sur les tensions raciales de l’Amérique des années 50, il trouve le temps de commenter sur la ségrégation et le sectarisme de l’Amérique de Trump, le scandale de Harvey Weinstein et ses réels sentiments pour un leader, Matt Damon. Mais la vraie joie dans sa voix veloutée vient de sa nouvelle famille. Père depuis un peu plus de cinq mois, c’est un père affectueux qui prend plaisir à raconter qu’il est ravi de changer les couches et de pouponner à minuit. A 56 ans, la star n’a jamais été aussi heureuse. L’année chargée et le changement dans sa carrière se reflètent sur sa personnalité chaleureuse. George et Amal vivent au Berkshire avec leurs petits jumeaux.

 

George et Amal Clooney sur le tapis rouge de «Suburbicon» durant le 74e Festival du Film de Venise le 2 septembre 2017. © Shutterstock

 

Vous êtes un homme très populaire, Julianne Moore fait vos éloges. N’est-elle pas cool? Vraiment, n’est-elle pas la plus cool, la plus gentille personne que l’on puisse rencontrer?

En effet, elle est superbe. Mais Matt, est le seul qui a dit du mal de vous. Matt est le plus mauvais. Quel cauchemar! Et il ne peut même pas jouer pour sauver sa vie (rires).

Parce que vous vouliez Brad Pitt n’est-ce pas? Il était occupé et vous savez, Matt est l’option la moins chère (rires). Vous ne pourrez pas embaucher Tom Cruise pour peu, il y a un budget à gérer. Vous aurez pour ce que vous payez. (rires).

Alors vous avez dû vous réjouir de la scène des coups de poings? C’est la raison pour laquelle je l’ai torturé. Probablement l’une de mes plus grandes joies. Et la vérité je l’ai eu dès la première prise. Mais nous avons repris 20, 30 fois juste parce que je pouvais. Et je ne le regrette pas!

Le sujet est étrangement d’actualité.  Vous en voyez le pour et le contre? Eh bien ce n’est pas si «d’actualité» si vous y pensez, car le racisme n’a jamais disparu. Il fait toujours partie de notre vie quotidienne, contrairement à ce que l’on pense. Un événement comme Charlottesville propulsera la haine et le sectarisme sur les premières pages des journaux. J’ai grandi au Kentucky, à un moment où la ségrégation et le racisme étaient un sujet crucial. En regardant vers le passé on réalise combien les attitudes et les opinions ont progressé. Mais on remarque en parallèle que de grandes classes sociales perdent leur place en société et blâment les minorités pour cela.

 

 

Séquences du film «Suburbicon» avec Julianne Moore et Matt Damon. © 2017 Paramount Pictures. All rights reserved.

 

C’est parce que l’administration a entretenu les conflits. Oui, la construction de barrières et l’isolation des minorités étaient très présentes récemment. Toutefois ce n’est pas nouveau. Ces conversations ont toujours eu lieu. Je trouvais intéressant de projeter cela sur un arrière-plan des années 50 du rêve américain dans l’économie florissante d’Eisenhower. Grattez la surface, ce n’était pas pareil. C’était peut-être ainsi pour les blancs.

Je suis contrainte d’aborder avec vous la fureur qui engloutit Hollywood en ces moments, que pensez-vous de ce qui se passe?  C’est un tournant dans l’histoire de Hollywood pour deux raisons: la manière autoritaire de gérer la peur des femmes. Cela a changé. Aujourd’hui les auteurs de crimes seront exposés à leurs crimes et aucune intimidation ou brimades ne pourront arrêter cela. Ce n’est pas un cri d’alarme pour Hollywood, c’est un appel au réveil pour toutes les industries et c’est un appel pour une société où les femmes se sentent en sécurité pour discuter de ce sujet. Et où les prédateurs qui abusent de leur position rougiront de honte et seront traduits en justice. Le tout est de ne pas laisser les choses s’estomper. Il faut saisir cet élan pour effectuer un changement permanent concernant la façon dont l’industrie fonctionnait il y a fort longtemps.

 

© Shutterstock

 

«La paternité est amusante, Ella et Alexander, mes jumeaux rigolent sur les mimiques de goofy…Ils sont mon meilleur public!»

 

Permettez-moi de vous demander comment vivez-vous votre paternité? C’est amusant. Ils ont plus de cinq mois, ils rient sur les mimiques goofy, ils sont mon meilleur public. Je suis relativement brave à changer les couches. Je ne vous dirai pas plus sur les détails (rires).Alors que je disais à mes amis no problem, cette histoire de couches est facile. Maintenant j’en sais quelque chose!(rires).

C’est pour cela que vous avez engagé une nourrice? Non, c’est mon travail. A quoi bon être parent si on ne se salit pas les mains? C’est là toute l’histoire.

Quelle a été votre plus grande surprise depuis que vous êtes devenu père? Je n’arrive pas à concevoir le fait qu’ils sont si bien formés en tant qu’êtres humains. Il y a six mois, ils n’étaient pas là. Ils sont différents l’un de l’autre, lui ce petit bandit, cette personnalité extravertie, elle, c’est la douceur et la délicatesse. C’est ce qu’ils sont, c’est ainsi que leur nature se développera et nous, en tant que parents, devrons tout faire pour bien les garder (rires). Je veux qu’ils soient heureux, en bonne santé et en sécurité,  notre travail est de les sauvegarder le mieux possible. Et puis après cela, c’est comme si on jetait les dés.

A quoi vous attendez-vous le plus? A tout. Je suis impatient d’écouter leurs premières paroles, j’ai hâte de découvrir ce qu’ils seront capables de faire, j’ai hâte de voir comment ils communiqueront avec moi (rires).

 

 

Le sourire charismatique de George Clooney. © Shutterstock

 

Votre carrière a connu un revirement important, vous êtes maintenant plus impliqué dans la réalisation. Quel est le plus grand changement dans votre carrière aujourd’hui? Pendant longtemps, mon principal but était d’obtenir un travail. N’importe lequel. J’avais besoin de faire de l’argent. Mais lorsqu’on arrive à une étape réussie de notre carrière, l’argent n’est plus le principal facteur de notre motivation. A présent, je peux travailler sur des films simplement parce que j’en ai envie.  L’histoire du film, le sujet, c’est cela ma priorité. D’autre part, le fait de  travailler sur des projets qui puissent aider les autres m’encourage, parce que si personne ne m’avait donné ma chance, je n’aurais connu aucun succès, c’est très important, il faut penser donner en retour, c’est un devoir que j’aime faire. Propos recueillis par Maria Nadim.