Dr May Chidiac

Prestige N 287-288, Déc. 2017- Jan. 2018

 

 

Dr May Chidiac. © Archives Dr May Chidiac

 

«La femme doit aller au bout de ses rêves»

 

Un parcours admirable d’une véritable combattante. Animée d’une flamme intérieure qui l’habite, d’un amour de la vie qu’elle a consacré à sa vie professionnelle suite à l’attentat qui l’a visée, elle a transformé un malheur en bonheur. May Chidiac, présidente-fondatrice de la Fondation May Chidiac est aujourd’hui plus forte qu’à aucun moment. Dialogue.

 

Quel bilan faites-vous de votre parcours? C’est une continuation du parcours que j’ai débuté dans le journalisme, mais un peu autrement. A la LBC, j’étais plus jeune et plus libre mais j’ai gardé cette flamme, l’amour de la vie et je l’ai consacré à ma vie professionnelle. Suite à l’attentat qui m’a ciblée, j’ai décidé de créer la fondation qui vise à promouvoir les valeurs de la démocratie, la liberté d’expression, l’égalité et les droits de l’Homme. MCF organise deux grandes conférences annuelles: Women on The Front Lines (WOFL) mettant en avant des femmes influentes qui ont inspiré le leadership, le changement et l’innovation dans leurs domaines respectifs. Et Free ConnectedMinds qui vise à explorer un nouvel ensemble d’idées sur l’impact de l’ère numérique sur la politique, la culture, l’économie et les relations sociales. Devenue une référence, la remise des prix MCF Media Awards consacrés aux journalistes pour leur courage, leur engagement, leur excellence dans l’industrie des médias et l’ensemble de leur carrière.

Vous avez traversé une rude épreuve. Vos impressions… Après 12 ans, les plaies ne font plus aussi mal qu’au début, lorsque j’ai perdu la moitié de mon corps. L’épreuve était très rude, avec tout ce qui a suivi comme amputations, brûlures au quatrième degré, douleurs intolérables… Je me suis habituée à mon corps et à aucun moment je ne me suis résignée au destin ni baissé les bras. J’ai toujours regardé vers l’avant, j’ai toujours eu des projets d’avenir. Après l’attentat, j’ai fini ma thèse, créé la fondation, reçu des prix au niveau international, écrit des livres. J’ai réussi à transformer un malheur en bonheur.

En 2009 vous avez lancé la Fondation May Chidiac… MCF est une organisation à but non lucratif dédiée à la formation, la recherche et l’éducation sur les questions de médias, de démocratie et de bien-être social. L’institut des médias qui lui est affilié vise à combler le fossé entre l’université et l’industrie des médias, en fournissant aux étudiants et aux professionnels des installations techniques et des programmes de formation de pointe, afin d’améliorer leurs compétences et leur compétitivité. Je suis une éternelle insatisfaite. J’espère que dans les années prochaines nos exploits seront encore plus impressionnants.

D’autres projets? Oui, au niveau de la fondation et ses activités et au niveau personnel. J’ai des projets mais je préfère ne rien révéler pour le moment. Chaque chose en son temps.

Vous avez reçu de nombreux prix. Pour lequel penche votre cœur? Chaque nouveau prix est toujours une source de joie qui me confirme que ce que j’accomplis et mon dévouement à mon travail ainsi que mon sacrifice ne sont pas vains. J’ai effectivement reçu beaucoup de prix. Entre autres, le prix UNESCO «Guillermo Cano» pour la liberté de la presse, et le prix «World PressFreedomHero» de l’International Press Institute (IPI) dont je suis vraiment fière. J’ai été décorée par le président de la République française, Jacques Chirac de la médaille du «Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur» au Palais de l’Elysée. Et reçu, en juillet 2017, le prix «Dame de l’ordre de Saint Grégoire-le-Grand» du Vatican, et le prix «PremioMinerva, Anna Maria Mammoliti» en Italie.

Comment la femme peut-elle être productive à vos yeux? Tout être humain doit être productif. C’est un choix à faire, une nature mais aussi une motivation pour réaliser des projets qui nous permettent de nous épanouir. La situation de la femme est un peu plus difficile parce qu’elle doit combiner avec d’autres «devoirs». Avoir une vie personnelle et professionnelle totalement accomplies est facile en théorie, mais plus difficile en pratique. La femme doit savoir s’affirmer et trouver sa place au sein d’une société plutôt patriarcale et aller au bout de ses projets et ses rêves.