Calcutta La Cité des Couleurs, La Cité de la Vie

Prestige N 289, Fev. 2018

 

Exposition by Pr Bassam Lahoud

 

Après un séjour de trois mois à Calcutta à l’invitation du Conseil Indien pour les Relations Culturelles, il m’est difficile de résumer mon expérience en quelques lignes. Trois mois à Calcutta étaient suffisants pour sentir ce que ressentent ses citoyens, mais il faudrait des volumes  pour saisir la culture, le patrimoine, les habitants et l’architecture de cette ville. Ce voyage étonnant à travers la banlieue de Calcutta, son héritage, ses musées, constitue une somme de moments inoubliables fixés à jamais sur le disque dur de ma caméra et les vibrations de mon âme vulnérable.

 

 

«Pr Bassam Lahoud voyage loin pour nous apporter des échantillons de vies d’autres peuples.»

 

Trois mois à me documenter sur la vie quotidienne de Calcutta encadrant les vrais moments de son peuple, ont mystérieusement éveillé mes désirs les plus ardents. Calcutta a réduit mes défenses professionnelles. A Calcutta on accorde la priorité au moment captivé plutôt qu’à l’appareil qui captive. La caméra de mon téléphone m’a sauvé en l’absence de ma caméra professionnelle. A chaque coin, à n’importe quel moment, mon mobile était prêt à fixer pour toujours ces «moments magiques» que j’ai découverts dans cette véritable «cité de la joie» comme mon cœur l’a nommée. Mon séjour à Calcutta était plus grand que mes archives! Ma Calcutta s’est transformée en un atelier virtuel sur Facebook pour ma communauté de photographes professionnels à la fois en Inde et au Liban. Après un séjour de trois mois à Calcutta, quitter cette ville m’a brisé le cœur. Je me suis senti si attaché à son atmosphère vivante, à l’hospitalité et la sociabilité de ses citoyens et ses couleurs. Cela me rappelle l’artiste Paul Klee qui a dit, après avoir vu les couleurs de la Tunisie: «Je suis un peintre». Dans la même veine, je dirai, après avoir vu Calcutta, «Je me suis redécouvert, je suis un artiste».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une exposition photos par Bassam Lahoud à la Villa Audi, du 22 au 28 Février et à la LAU Byblos, du 8 au 14 Mars, organisée par l’ambassadeur d’Inde au Liban Sanjiv Arora et la LAU.

 

 

  • Né à Beyrouth, Liban, en 1951, Bassam Lahoud a été diplômé en génie civil (option architecture) de l’«Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Beyrouth» (ESIB).Ensuite il a obtenu une maîtrise en photographie de mode de la «Scuola di Fotografia di Moda Click Up» à Florence. De 1983 jusqu’à 1996, il a enseigné l’architecture et la photographie à l’USEK, LAU, USJ, ALBA & NDU. Depuis 1987, il est professeur de photographie à la LAU.
  • Bassam Lahoud est membre de l’Ordre des Ingénieurs et Architectes de Beyrouth, du Syndicat des photographes de presse et de l’Union Catholique Internationale de Presse au Liban. Il est président de «ESCWA Arts Council», membre fondateur de Prestige Magazine et fondateur de «La maison libanaise de la photographie». Il a fait partie de plusieurs jurys nationaux et internationaux pour la photographie et l’architecture entre 1982 et 2017.
  • Lahoud a été honoré du grade de Commandeur de l’Ordre du mérite civil par le roi Juan Carlos d’Espagne et le gouvernement espagnol. Il a reçu la médaille de réalisation du ministère bulgare de la Culture, et représenté le Liban dans plusieurs événements artistiques et culturels (Italie, Espagne, Russie, Ukraine, Géorgie, Japon, Grande-Bretagne, Madagascar, Chine, Canada &Etats-Unis).Il était l’un des deux conférenciers non-européens à participer au Forum européen «Regard& Vision» tenu à Lille, France, dans le cadre de la Capitale Culturelle de l’Europe en 2004.
  • Lahoud a organisé plus de 50 expositions de ses œuvres au Liban, en Tunisie, aux USA (Houston & New York), en France (Paris & Lille), en République Tchèque, en Syrie, Jordanie, Allemagne (Francfort, Berlin & Erfurt), Italie, Bulgarie,  Macédoine, à Qatar, aux Emirats Arabes Unis (Dubai & Abu Dhabi). Il est aussi co-auteur de 3 grandes  publications: Le patriarcat maronite, Les Grecs et les Phéniciens dans l’Antiquité, et les résidences Brésiliennes officielles à l’Etranger, et l’auteur du livre Amchit 1860-1960.
  • Lahoud a visité Calcutta en Inde durant l’été 2017, au cours d’un voyage sponsorisé par le Conseil Indien pour les Relations Culturelles (ICCR). Ce livre est une documentation sur son voyage photographique dans cette cité fascinante.

 

 

Ces photos dépeignent des scènes de gens ordinaires se livrant à des tâches domestiques en public.

 

 

 

Calcutta à travers l’œil du photographe, par Elie G. Haddad, doyen de l’Ecole d’Architecture et Design de la LAU.

 

Les clichés de Bassam Lahoud trahissent la présence silencieuse du photographe qui s’engage activement dans la vie des personnes qu’il photographie. Non seulement il vole ces images de la vie quotidienne des gens, mais il est aussi complice de leurs vies, attendant le moment propice pour les cataloguer dans ses archives. Ces images de Calcutta en Inde nous montrent un monde nettement dynamique, coloré et divers; à commencer par des photos de femmes se livrant à des tâches domestiques en public, comme le lavage de vêtements, à celle de bonnes sœurs descendant des escaliers, suspendues dans un espace surréaliste, comme dans une peinture par Magritte. Elles évoquent un monde riche en contrastes qui chevauche entre le public et le privé, où la condition humaine est dépeinte dans ses différentes formes qui témoignent des difficultés de survivre dans une économie globale. Ces photos montrent aussi la résilience d’un peuple ordinaire, qui vit sans aucun luxe ni confort. Un bon exemple de cela est la belle image de deux femmes sur scène, portant des robes colorées, dans ce qui semble être une pièce de théâtre, un cadre simple. Dans plusieurs de ces photos, surtout celles des enfants, nous remarquons l’œil plein d’empathie, connecté au sujet. Ces images me rappellent les mots de Susan Sontag, qui décrivait le photographe comme un «marcheur solitaire, qui empile et traverse l’enfer urbain» ou comme «un arpenteur voyeuriste qui découvre la cité comme un paysage d’extrêmes voluptueux». Cette caractérisation décrit bien l’approche de Bassam Lahoud, qui voyage loin pour nous apporter des échantillons de vies d’autres peuples».