Expo Jean Boghossian

Durant sa présence à Beyrouth au mois de juillet 2018, nous avons eu l’occasion de poser quatre questions à l’illustre peintre Jean Boghossian, qui présentera une exposition de ses œuvres sous le titre «Building with Fire», du 18 septembre au 28 octobre 2018 à Beyrouth Souks.

 

L’artiste peintre Jean Boghossian en plein travail.

 

 

1- Quel est le thème de l’exposition que vous présentez à Beyrouth du 18 septembre au 28 octobre 2018? «Construire avec le feu» est le thème de mon exposition, qui forme aussi son titre. Il explore la particularité de mon travail qui consiste à construire à partir de la destruction causée par le feu. Avec Bruno Corà, mon conservateur, nous nous sommes particulièrement intéressés à l’idée d’une géométrie émanant du chaos, faite de traces linéaires de fumée et de plis de papier brûlé.

Mais «Building with Fire» évoque également l’ancien bâtiment du quotidien L’Orient-Le Jour où je présente mon exposition, façonné par les feux de 15 ans de guerre civile et qui, malgré cela, est aujourd’hui toujours debout et toujours capable d’accueillir les visiteurs.

2- Pourquoi avez-vous choisi l’ancien bâtiment du quotidien l’Orient-Le Jour aux Souks de Beyrouth pour présenter vos œuvres?J’ai choisi cet édifice pour le lien évident qui l’unit à mon travail. Je l’ai choisi, en partie parce que son aspect résonne puissamment avec mes peintures: ses murs en ruine, ses infiltrations d’eau ou même les trous de balles qui créent des constellations gravées dans la pierre.

Ce bâtiment est aussi pour moi un symbole très fort de Beyrouth, une ville en perpétuelle destruction et reconstruction. Il s’agit non seulement de l’ancien siège de l’Orient-Le Jour, l’un des journaux francophones les plus influents du pays, mais aussi d’un édifice qui a été occupé pendant la guerre civile et a été la seule structure épargnée dans la région des Souks de Beyrouth, alors que tout le reste a été bombardé. Toutes sortes de messages d’amour ou de désespoir sontgravés sur ses murs intérieurs et extérieurs. Enfin, il s’agit de l’un des rares exemples d’architecture du XIXe siècle toujours existants au Liban. Sa façade devrait être classée sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco dans les années à venir.

Je voulais égalementexposer mes œuvres dans la crypte de l’église Saint-Joseph, après avoir assisté à une exposition sur le génocide arménien il y a quelques années. Je pensais que cela créerait une extension plus intime et spirituelle de mon exposition.

3- Vous êtes un artiste doté d’une imagination universelle complexe, multinationale due à vos appartenances multiples, arménienne, libanaise et belge, comment cela se reflète-t-il dans vos œuvres?Je pense que le génocide arménien et, les guerres civiles qui ont éclaté au Liban et en Syrie ont eu un impact important sur mon héritage oriental. La guerre, l’exil et la destruction qui m’ont accompagné tout au long de ma vie m’ont sans aucun doute influencé inconsciemment dans mon choix de peindre avec le feu. Cependant mes expériences artistiques reflètent cependant davantage une approche acquise en Europe, qui suit l’histoire de l’art occidental et des avant-gardes.

4- Vous êtes peintre et sculpteur, cette exposition comprend-elle des œuvres sculpturales? Pour cette exposition, je présenterai surtout des peintures.

 

Ci-après deux tableaux du peintre Jean Boghossian.

 

© Jean Boghossian

 

 

 

© Jean Boghossian