Dr Zahi el Hélou «Le Murex d’Or offre une belle image du Liban»

Dix-neuf ans après son coup d’envoi en 2000, il n’a pas pris une ride. Bien au contraire, il rayonne d’année en année, semant la joie et le bonheur au cœur des Libanais et du monde entier. Aujourd’hui, face aux nombreux défis posés, l’événement continue sur sa lancée, éclairant les ténèbres du Liban. Le Murex d’Or, fondé et présidé par les frères Dr Zahi et Dr Fady el Hélou, présente cette année sa 19e édition. Histoire d’un succès, racontée par Dr Zahi el Hélou à Prestige.

 

 

 

Les présidents fondateurs du Murex d’Or, Dr Zahi el Hélou et Dr Fady el Hélou.

 

 

Vous êtes avec votre frère Dr Fady el Hélou, les fondateurs du Murex d’Or. Comment avez-vous eu l’idée de créer cet événement? L’amour de l’art et des événements artistiques remonte à notre enfance, Fady et moi. Une passion partagée. Plus tard, en assistant au fameux Festival de Cannes en France où nous faisions notre spécialisation, nous avons, tous les deux, pris la décision de créer un événement pareil à notre retour au Liban. Ce fut le déclic.

Pourquoi l’avez-vous baptisé spécifiquement Murex d’Or? Nous cherchions, Fady et moi, un titre facile à prononcer. Murex d’Or est un hommage au murex phénicien dont on tirait la pourpre, de rouge vif, symbole de richesse et de dignité. Quant à l’or, il est évidemment signe de valeur et de succès.

Vous êtes tous les deux médecins. Comment avez-vous réussi à allier deux mondes différents comme la médecine et l’art? La bonne organisation permet d’allier deux ou plusieurs mondes différents. J’aime aussi bien ma profession de médecin que celle de président du Murex d’Or. L’amour et l’esprit d’organisation favorisent la réussite même si les domaines sont différents.

Entre 2000 et 2019, le Murex d’Or a bien évolué. Comment? Les échos positifs du Murex d’Or ont largement contribué à son évolution. Celle-ci est le fruit de l’expérience que nous avons acquise et de notre dévouement total à l’événement. La première édition, en 2000, a été un véritable succès. Centrée sur des artistes libanais uniquement, elle a honoré de grands noms, à l’instar de Melhem Barakat, Gibran Tuéni, Carole Samaha, Mansour Rahbani et bien d’autres. D’année en année, l’événement a pris de l’envergure, honorant aux côtés des artistes libanais, des stars du monde arabe et international.

 

 

Dr Fady et Dr Zahi el Hélou entourés de personnalités amies.

 

 

Quelles nouveautés avez-vous introduit cette année à l’édition? Tous les ans, nous essayons de trouver de nouvelles idées, de nouvelles techniques, de nouveaux décors… Nous procédons aussi au choix de nouveaux membres du jury et de nouvelles stars à honorer.

Quelle édition est la plus proche à votre cœur? Toutes les éditions sont chères à nos yeux. Comme nos enfants. Nous y tenons comme à la prunelle de nos yeux. Toutefois, à titre d’exemple, je citerai la première édition, qui était très importante; celle de 2006 aussi, lorsque le Liban était en pleine guerre; la dixième édition était également spéciale, une rétrospective du Best of the Best des précédentes; celle de 2016 offrait une scène féerique, un décor opulent qui a coûté une petite fortune… Tous les ans, nous innovons dans le décor et le contenu, en prenant soin de tous les détails, à la mesure de nos moyens évidemment. Nous sommes à la recherche de sponsors qui deviennent de plus en plus rares, alors que les dépenses augmentent plus que prévu.

En 2018, vous aviez choisi la couleur bleue pour thème. Qu’en est-il pour cette année? La couleur n’est pas le thème de l’événement principal. C’est plutôt celle du dîner d’introduction à la saison. Tous les ans, le thème a un symbole spécifique. Pour cette 19e édition, le thème était la Golden Night.

Depuis 2000, et malgré les événements au Liban, vous avez organisé régulièrement le Murex d’Or… Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées et que vous rencontrez actuellement? Oui, nous avons rencontré et nous rencontrons toujours plein de difficultés d’ordre économique, politique et autres problèmes difficiles à gérer… Le Murex d’Or est un investissement privé, le fruit d’efforts purement personnels. Et lorsqu’un événement réussit, les obstacles surgissent aussitôt. Nous avons résisté jusque-là, en organisant régulièrement cette manifestation d’envergure. Chaque fois que nous pensons mettre un terme au Murex d’Or, nous nous rétractons devant l’énorme succès et les bons échos que nous recevons.

 

 

 

Pierrette Katrib, Dr Zahi el Hélou, Leila Obeid et Dr Fady el Hélou.

 

 

Les clés du succès d’un tel événement, à votre avis? L’amour, la sincérité et la crédibilité de notre travail.

Vous êtes régulièrement en contact avec les stars. Avec laquelle le contact a été facile, et laquelle a été difficile à gérer? Le contact a été sublime avec toutes les stars qui nous ont honorés par leur présence sur la scène du Murex d’Or. Toutefois, j’aimerais signaler que les grandes vedettes qui ont acquis une belle renommée sont paradoxalement les plus modestes. A l’image de la regrettée Sabah, avec laquelle il était très agréable de collaborer, de la star internationale Claudia Cardinale qui était adorable par son humilité, du célèbre réalisateur ami Youssef Chahine, des vedettes Yousra, Naglaa Fathi et autres qui ont marqué la scène par leur modestie. En revanche, nous rencontrons actuellement des jeunes sans background artistique et qui sont exigeants et difficiles à gérer. Cependant, il ne faut pas généraliser, car nous avons aussi d’excellents rapports avec de jeunes artistes talentueux et modestes.

Avez-vous des amitiés dans le domaine artistique? Nous avons énormément d’amitiés dans ce domaine, mais nous tenons à garder nos distances, d’autant plus qu’il s’agit de prix et de trophées à remettre.

Le souvenir qui vous tient le plus à cœur et que vous aimeriez évoquer? De nombreux souvenirs jalonnent les dix-neuf ans du Murex d’Or. Certains sont très agréables, alors que d’autres dérangent, notamment lorsque nous perdons les personnes qui les ont partagés avec nous. J’aimerais évoquer le souvenir de l’actrice, la regrettée Noha el Khatib Saadé. Bien qu’elle ait subi un accident grave qui l’empêchait de bouger, elle a tenu à venir personnellement recevoir son prix sur scène. Embrassant son trophée, elle prononça des mots très touchants que je n’oublierai jamais: «Le Murex d’Or est une bougie allumée au milieu des ténèbres libanaises».

 

 

Le Murex d’Or, un trophée convoité par les stars.

 

 

 

Une situation comique mémorable? Le Murex d’Or abonde en situations comiques, dont celle du talentueux Bassem Féghali qui imitait les vedettes en leur présence. D’autres situations comiques surgissaient en live, à des moments où l’on s’attendait le moins. Au cours d’une édition, le réalisateur Toni Kahwaji était supposé remettre un trophée à la vedette Melhem Barakat. Comme il tardait à venir, mon frère Fady a été poussé sur scène pour improviser le mot et présenter le trophée à sa place.

Que pensez-vous des nouveaux espoirs qui font chaque année leur entrée dans le monde du spectacle ou de la chanson? Y a-t-il un prix pour eux? Le Murex d’Or a toujours été un «passeport» délivré aux débutants. La plupart des vedettes actuelles ont effectué leur premier passage sur cette scène. A l’instar de Cyrine Abdel Nour, Nadine Rassi, Nadine Noujeim, Nancy Ajram, Elissa… La cinéaste Nadine Labaki a reçu son premier trophée au Murex d’Or. De même pour les artistes arabes, le Marocain Saad el Mejarrad et l’Egyptien Abou. Tous les ans, nous présentons de nouveaux espoirs.

Quel est le grand amour de votre vie? Mon épouse, mes trois garçons Ricardo, Matteo et Angelo, mes parents et mon frère Fady. Je suis heureux de vivre au sein d’une famille modèle, unie. C’est le plus beau cadeau de ma vie.

Nous avons vu votre épouse et vos enfants à vos côtés à la soirée du Murex d’Or… Souhaiteriez-vous que vos enfants soient comme vous dans le monde de la médecine et de l’art? Mes enfants adorent assister à ce festival. D’ailleurs, ils apprécient énormément la musique, les chansons et le cinéma, mais je leur laisse l’entière liberté de choisir leur voie, artistique, médicale, ou encore les deux à la fois. L’aîné Ricardo est très doué pour le piano et le chant.

 

 

 

Miss Liban 2019 Maya Reaidy entre Dr Zahi et Dr Fady el Hélou.

 

 

Quel est le plus beau compliment que vous avez reçu jusqu’à présent? Tous les ans, nous recevons un lot de beaux messages, de tous les pays du monde. Même les patients que nous examinons à l’hôpital nous interrogent sur l’événement. J’avoue que les échos du Murex d’Or ont largement dépassé les frontières libanaises et arabes pour atteindre les Etats-Unis, le Brésil et l’Australie… A notre grand bonheur. Les compliments que nous recevons nous stimulent pour continuer à offrir le meilleur.

Pourquoi honorez-vous régulièrement des hommes politiques? Les hommes politiques aiment assister à l’événement et remettre les prix. Nous avons honoré quelques-uns, notamment ceux qui ont largement encouragé et contribué au succès du Murex d’Or, à l’image des ministres Elias Bou Saab, Leila Solh Hamadé, Ziad Baroud, Tarek Mitri…

Que manque-t-il au Liban pour rivaliser les autres pays en matière d’événements du genre? Le financement. Un problème d’ordre économique. Le Murex d’Or est un événement excessivement coûteux. Nous avons besoin d’une plus grande contribution de l’Etat. Si le financement était assuré, nous aurions produit davantage. L’événement offre une très belle image du Liban. Si l’Etat lui accordait davantage d’attention, nous aurions résolu un grand nombre de problèmes économiques.

Quelle personnalité souhaiteriez-vous honorer et que vous n’avez pas pu encore le faire? Plusieurs personnalités méritent encore cet honneur, mais celle que je souhaiterais vivement honorer est un mythe, un symbole du Liban. Je parle de notre diva libanaise Fayrouz qui demeure toujours loin des médias. J’aimerais bien la rencontrer car elle mérite tous les honneurs que nous lui devons.

 

 

Belle photo familiale au Murex d’Or. Dr Zahi el Hélou avec son épouse et ses fils Ricardo et Matteo el Hélou.

 

 

 

Un dernier mot? J’aimerais remercier Prestige et tout particulièrement sa rédactrice en chef, Marcelle Nadim, pour sa contribution appréciable destinée à encourager l’art et les artistes de talent. Et cela, malgré toutes les difficultés rencontrées par la presse en ce moment. Propos recueillis par Marcelle Nadim