Pierre Rabbat: «Rêvez et faites du cinéma!»

Après avoir forgé une belle renommée sur le petit écran, le jeune producteur et animateur télé, Pierre Rabbat, s’est récemment découvert un nouveau talent sur le grand écran, à travers un rôle, certes succint mais poignant, dans le film Wanted_Matloubin. Une figure aimable et altruiste, mais aussi perfectionniste jusqu’au-boutiste, qui livre ses impressions à Prestige.

 

 

Pierre Rabbat dans son rôle de Karim. © Archives Nibal Arakji.

 

 

Comment s’est déroulée votre première entrée dans le monde du cinéma? A vrai dire, je n’ai jamais pensé faire du cinéma. Mais lorsque la cinéaste Nibal Arakji m’a proposé un petit rôle dans Wanted, j’ai demandé à voir le scénario. Et lorsque j’ai lu le script, j’ai trouvé que le récit était très touchant et faisait appel à tout un chacun. Je me suis senti personnellement concerné par cette histoire et par le message que Nibal voulait livrer. Du coup, je me suis dit, pourquoi ne pas tenter la chance? J’étais  conscient que le cinéma était totalement différent de la télé, mais en même temps, je n’ai pas fait de faux pas. J’ai donc pris toutes mes précautions et quelques cours avec Nibal, pour voir s’il était facile de faire du cinéma. Ce n’est que lorsque le tournage a commencé, que j’ai réalisé que le cinéma n’était pas du tout comparable à la télé. Au cinéma, il faut rentrer dans la peau d’un autre personnage, celui qui est écrit dans le scénario, et il faut jouer ce rôle-là. Cela m’a pris du temps pour sortir de Pierre Rabbat et rentrer dans la peau du personnage, Karim. Mais lorsqu’à l’avant-première j’ai vu le résultat sur le grand écran, j’étais plus que satisfait.

Racontez-nous votre rôle dans ce film… J’interprète dans ce film, le rôle de Karim, un infirmier qui travaille dans un asile de vieillards. Gentil et sympa, il est toujours à l’écoute de toutes ces personnes d’un certain âge qui vivent dans cet établissement. Il cherche à les aider, à les comprendre, à leur faire passer un bon temps, mais en même temps il sait qu’elles sont sous le stress de Madame Amar, la responsable de l’asile. Il va jouer un double rôle: celui de l’employé qui respecte les consignes de Madame Amar en faisant correctement son travail, pour ne pas le perdre, mais en même temps, il essaie de les casser, par compassion pour ces personnes. De cœur, il est avec les vieux, de tête, il est plutôt conscient que la moindre erreur lui ferait perdre son boulot.

Et dans la vie privée, Pierre Rabbat est… Dans la vie privée, je suis presque dans la même situation. J’ai le cœur chaud, je suis très calme, très gentil, très proche des personnes, j’aime beaucoup aider, mais en même temps je suis strict dans ma profession, assez dur concernant le business et la prise de décision. Je ne suis pas exigeant mais je suis perfectionniste. C’est une qualité et un défaut à la fois. Je n’accepte pas l’erreur dans mon travail, raison pour laquelle je m’y mets à fond.

Votre plus beau souvenir de Wanted? C’est celui de ma première nuit blanche. Je n’ai jamais fait cela. Présent sur le lieu du tournage à 3h de l’après-midi, ma scène est passée à 5h du matin. J’ai donc joué mon rôle à 5h ou 7h du matin. L’expérience était assez cool pour moi, parce que je suis venu de passage dans le monde du cinéma, alors que Nibal et toute l’équipe du film font cela chaque jour. Ils font toujours des nuits blanches pour avoir un tel beau résultat à la fin. J’ai apprécié davantage leur travail.

 

 

Pierre Rabbat et son épouse Jana. © Archives Pierre Rabbat.

 

 

 

Qu’avez-vous ressenti en apprenant que les vieillards étaient matloubin, recherchés par la police? En réalité, j’ignore ce que j’aurais ressenti. Toutefois, il ne faut pas trop prendre l’affaire au sérieux, car il s’agit d’un scénario, d’un script, d’une histoire. Je pense qu’il y a une certaine exagération, mais le film est très riche en moments comiques.

Quelle est votre principale qualité? Je dirai que c’est une qualité et un défaut en même temps. Je ne sais pas dire non. Je ne refuse aucune demande. C’est une qualité dans la mesure où j’aime toujours aider, être présent, me sentir utile, mais parfois cela me cause pas mal de stress. Car à force de dire oui à tout le monde, je n’arrive plus à gérer mon temps. Etre perfectionniste aussi est une qualité et un défaut. Donc mes qualités sont mes défauts.

Que diriez-vous à la nouvelle génération qui rêve de faire du cinéma? Rêvez et faites du cinéma! Les gens devraient faire du cinéma aujourd’hui. Cela fait un bon bout de temps que nous rêvons d’aller à l’international et ce rêve s’est concrétisé l’année dernière avec Ziad Douairi et cette année avec Nadine Labaki, lorsque nous avons fait notre première apparition aux Oscars. Donc il ne s’agit pas seulement d’un rêve pour les personnes qui sont dans le domaine du cinéma, c’est aussi le rêve de tout Libanais, le rêve d’une nation d’être présentée à l’international. Et aujourd’hui, il n’y a que l’art ou la scène artistique qui permet de le faire. L’industrie du cinéma serait peut-être notre cheval de bataille pour dire au monde entier que ce peuple-là a quelque chose à vous montrer.

Le grand amour de votre vie? Actuellement c’est ma fille Audrey, elle est tout pour moi. C’est aussi la mère d’Audrey, Jana. Je suis une personne qui aime la famille. Ma mère, ma sœur, mon épouse, ma fille, sont ma vie. Je vis pour elles.

Un futur projet de cinéma? Je ne sais pas. Lorsque j’ai pris la décision de faire Wanted, j’étais assez hésitant. Même le soir de l’avant-première, je n’ai rien dit à personne, parce que j’avais peur du résultat. Je suis une personne perfectionniste. Lorsque ce n’est pas moi qui mets la main à la pâte de A à Z, comme je le fais à la télé, je crains le résultat. Mais vu que les trois-quarts, voire l’unanimité des personnes ont aimé mon rôle et mon interprétation dans le film, oui, j’en ferai un autre, pourquoi pas? Dans ce cas, il faudra évidemment bien choisir le script, le rôle, parce que faire une première apparition c’est sympa, mais la seconde fois, nous serons jugés comme des professionnels. Et cela devient plus dur et la responsabilité beaucoup plus grande. Propos recueillis par Mireille Bouabjian