Les Golden Voices du Liban

Bruno Berberès est un véritable «chasseur de talents»…  Directeur de casting, directeur artistique, producteur et animateur de radio et de télévision française. Depuis 2012, il déniche les talents de France pour le télé-crochet The Voice de TF1 ou encore l’Eurovision, en collaboration avec les Golden Voices de Cannes. Gift of life, fondée et présidée par Lina Shehayeb a invité Bruno Berberès au Liban pour découvrir de nouvelles voix. En octobre 2019, Gift of Life et the Golden Voices ont organisé un concours pour sélectionner des voix parmi les candidats Libanais.

 

Lina Shehayeb, Anthony Touma, Vanina Aronica, Tania Kassis et Bruno Berberes avec les candidats au Théâtre Gemmayze.

 

Le concours permettra aux talents libanais de briller à l’étranger, dans  l’espoir de devenir de futurs ambassadeurs de Gift of Life. Cette association offre la vie aux enfants souffrant de malformations cardiaques. Rencontre croisée avec Bruno Berberès, Lina Shehayeb, Vanina Aronica, présidente de Golden Voices et Tania Kassis, fondatrice de l’Académie de musique éponyme et membre du jury.

Bruno Berberès. Vous êtes le directeur du casting, quels sont les critères que vous avez fixés pour votre sélection?

Je suis directeur artistique et dans ce contexte, j’ai fait beaucoup de spectacles, de comédies musicales, tels Les Dix Commandements, Le Roi Soleil, Sister Act, des télé-crochets, comme Star Academy et The Voice. Mon histoire avec les Libanais est profonde, notamment avec Hiba Tawaji dans The Voice, Mike Massy dans Jésus, Anthony Touma, qui était un de mes coups de cœur… Concernant les critères, je dirai qu’il n’y a pas de critères précis. Lorsqu’on chante, il y a un minimum exigé, à savoir chanter juste et être en rythme. Ensuite, j’attends toujours d’un artiste qu’il soit sincère, authentique et qu’il ne présente pas du déjà-vu. J’attends quelqu’un qui apporte sa fragilité, sa force, son bonheur, ses malheurs sur scène, pour les offrir au public et se sentir concerné. J’attends d’un artiste qu’il embarque le public. J’aime travailler avec les artistes sur l’identité musicale, savoir qui sont-ils et ce qu’ils ont envie d’exprimer.

Les candidats étaient partagés en 4 catégories, quel a été le niveau de participation et quelle catégorie a été la plus performante?

Je crois personnellement qu’il y a deux catégories: la première va jusqu’à l’âge de 15 ans, ce sont les enfants, les juniors. Pour la deuxième, je suis incapable de faire la différence entre une personne de 28 ans et une autre de 32 ans.

Que pensez-vous du niveau des candidats libanais?

Je pense que les candidats libanais ont un très bon niveau. Sauf que j’aurais aimé qu’il y ait un peu plus de culture libanaise. Si vous fermez les yeux et vous écoutez les candidats, vous serez emportés peut-être à Bruxelles, à Paris ou à Lyon. Si nous prenons l’exemple de Hiba Tawaji, les Français ne se souviennent que des Moulins de mon cœur, chantée en arabe. C’était osé de chanter Les Moulins de mon cœur en arabe devant un jury français. Mais en même temps, cela fait partie de l’authenticité.

Y a-t-il une priorité accordée à un style plutôt qu’à un autre?

La musique va de A à Z, sans oublier aucune lettre. Tout doit être représenté, le classique, le métal, le rock, la variété… Nous pouvons tout aimer si cela est bien fait. L’art n’est pas sectaire. La musique, la peinture, l’art doit rassembler tout le monde. The Voice est diffusé dans plus de 80 pays. La particularité de l’émission française réside dans sa diversité.

 

Bruno Berberès interviewé par Prestige Magazine.

 

«La musique rassemble tout le monde.»

Avez-vous trouvé des voix? Combien de candidats ont été sélectionnés?

Je ne pourrai pas vous le dire. Tout ce que je peux vous assurer, c’est qu’en regardant la prochaine saison de The Voice adultes, il y aura des Libanais. L’année dernière, il n’y en avait pas, ni celle d’avant. Si je vous le dis, il n’y aura pas de surprise. Je travaille pour la chaîne TF1 où il faut garder le secret. Il faut regarder The Voice en janvier 2020 sur TF1.

Lina Shehayeb. Comment avez-vous créé l’association Gift of Life?

Dès l’âge de 16 ans, j’étais investie dans l’humanitaire, aidant les jeunes délinquants dans les prisons libanaises. Cet investissement humain a continué plus tard aux Etats-Unis, où je travaillais. Je suis artiste et business woman. A New York, j’ai travaillé dix ans en Marketing et ventes dans le «Fashion District», et pendant 14 ans dans la finance avec Prudential Securities. C’est armée de cette expérience solide de 35 ans, que je suis retournée au Liban, où j’ai fondé cette association. Gift of Life Lebanon a été créée en 2015, en partenariat avec le Rotary international et l’AUBMC, le Centre médical le plus performant au Liban et au Moyen-Orient.

Quel en est l’objectif?

L’association Gift of Life vise à sauver la vie des enfants souffrant d’une malformation cardiaque et dont les familles n’ont pas les moyens de payer les frais de traitement. Depuis sa création il y a quatre ans, 400 enfants ont été soignés et sauvés, et plus de 1000 autres ont bénéficié de consultations avec des médecins bénévoles de l’AUBMC.

D’où proviennent les fonds pour financer l’association?

Comme je l’ai déjà signalé, nous sommes partenaires de Rotary Foundation. 90% des fonds proviennent de l’Etranger, principalement de clubs Rotary, les expatriés libano-américains contribuent également au financement. L’investissement dans l’humanitaire procure un rayon de soleil à ces enfants malades, qui auront la chance de vivre.

 

Lina Shehayeb, fondatrice et présidente de Gift of Life.

 

«Le bonheur de contribuer au changement dans la vie d’un malade»

Comment avez-vous eu l’idée de vous associer aux Golden Voices et pourquoi avez-vous choisi le Liban pour sélectionner des candidats?

Je suis membre du Conseil d’administration de l’Organisation Monaco Better World Forum, qui a donné, l’année dernière, une soirée à Monaco en présence de SAS prince Albert. Au cours de cette soirée, un documentaire sur Gift of Life a été projeté. C’est là aussi que j’ai rencontré l’artiste Vanina Aronica, la présidente de Golden Voices.

Vanina Aronica, racontez-nous comment vous avez connu Lina Shehayeb.

Je suis chanteuse d’opéra et j’ai une école de chant, de musique et de cinéma à Cannes. Dans ce cadre, je découvre des talents pour Bruno Berberès, le directeur artistique à TF1, qui repère les voix pour l’émission The Voice. Chaque année, j’organise un concours à la suite duquel je donne un concert caritatif à Cannes. Lorsque j’ai rencontré Lina, je lui ai demandé d’assister à ce concours et d’être l’œuvre humanitaire du concert. Lina Shehayeb. Effectivement, c’est ainsi que j’ai découvert cet événement, son organisation et fait la connaissance de Bruno Berberès. Nous avons discuté ensemble de l’organisation d’un concours similaire au Liban. La chance des Libanais d’être sélectionnés pour faire partie du format arabe de The Voice était minime, comparés aux 100 millions d’Egyptiens et aux 30 millions de Syriens.

Que demandez-vous des candidats sélectionnés?

Lina Shehayeb. Je veux que ces candidats assument la responsabilité de soutenir cette association et de devenir éventuellement ses ambassadeurs. Nous organisons régulièrement des soirées de gala, des concerts, pour que ces enfants que nous avons aidés à arriver quelque part, se rendent compte qu’il y a au Liban une association Gift of Life, qui aide les enfants malades du cœur. Nous avons déjà de bons partenaires renommés au Liban, des acteurs et chanteurs qui nous soutiennent. Chaque année, Miss Liban rencontre les enfants à l’hôpital, et depuis trois ans, les élèves de l’Académie de Tania Kassis participent à la soirée de gala de Gift of Life ou encore au Christmas Concert que nous organisons à l’Assembly Hall, à l’AUB. Ils arrivent brandissant le drapeau libanais et interprètent fièrement l’hymne national. Ce serait magnifique si quelques participants représentent Le Liban à The Voice France et reviennent pour soutenir Gift of Life avec leur belle voix.

En quoi Gift of Life se distingue-t-elle des organisations similaires à la vôtre au Liban?

Mis à part les événements que nous organisons, nous rencontrons les élèves dans les écoles, tels le Collège Protestant, l’IC et autres. Nous ne demandons pas de l’aide financière, mais nous exposons aux élèves le cas des enfants qui ont besoin de leur aide en leur disant: voilà votre responsabilité. Je procède moi-même à l’exposition du cas, la première fois. Ainsi en aidant Gift of Life à sauver la vie d’une jeune fille malade, les élèves du Collège Protestant ont été honorés de l’Ordre du Mérite du gouvernement français, reçu  au cours d’une soirée organisée à la résidence de l’ambassadeur de France. Toutefois, notre collaboration ne se limite pas aux écoles au Liban, elle s’étend également à des écoles en Suisse et au Koweit.

 

Gift of Life organise annuellement un dîner et un concert à Noël.

 

Comment avez-vous procédé pour le choix du jury?

J’ai tout simplement choisi les bonnes personnes. La soprano Tania Kassis est ma grande amie, elle a sa propre Académie de musique. Anthony Touma a suffisamment gagné pour amener toute l’équipe au Liban. Joe Cambar que j’ai rencontré au Liban et aux Etats-Unis, est un excellent professeur de musique pour des personnes qui aiment chanter.

Quelle est votre devise?

Comment être utile et comment trouver la paix intérieure et extérieure en servant la communauté… Tout le monde cherche le bonheur, et le bonheur finalement, c’est ce que nous faisons, ce que nous donnons. Quand je donne moi-même l’exemple, j’aimerais que ces enfants fassent de même, qu’ils me remplacent. C’est ça le vrai bonheur, de donner pour donner et non pas de donner pour prendre. Mon équipe est formée de jeunes et de moins jeunes, des personnes de cœur. L’Association est à Baabda, lieu de mon domicile et de mon travail.

Tania Kassis. Est-ce votre première expérience en tant que membre du jury?

Oui. Je juge beaucoup les élèves qui intègrent mon Académie. Je suis consciente du potentiel des élèves et de ce qui peut être fait au niveau de leur voix.

Avez-vous eu du mal à vous départager au sein du jury?

C’était plutôt difficile pour les élèves que je connaissais. Je savais de par l’évolution des élèves, comment ils chantaient. Mais c’est toujours intéressant d’avoir l’avis de quelqu’un qui découvre une personne pour la première fois. J’attendais que tous les membres votent, pour voter enfin en faveur de la personne qui a fait des progrès. Toutefois, je considère que le stress joue un très grand rôle.

 

Tania Kassis, membre du jury et fondatrice de l’académie portant son nom.

 

«La base musicale et la formation sont essentielles»

Que manque-t-il aux Libanais pour être au niveau des internationaux?

La base musicale, les cours et la formation sont essentiels, à côté du talent et de la présence sur scène. Les Libanais n’ont pas l’habitude de passer devant un jury. Les participants avaient le trac et étaient stressés sur scène.