L’autre Facette d’Aldis Hodge

Connu pour son travail dans les films et séries télévisées comme «Underground», «Leverage», «Hidden Figures», « Straight Outta Compton»,  l’acteur américain Aldis Hodge a un côté moins connu du grand public. Il est horloger autodidacte et designer de montres qui développe sa propre marque horlogère «A. Hodge Atelier». Se faisant un nom dans l’industrie horlogère, Aldis Hodge était conférencier à la 4e édition de Dubai Watch Week où nous l’avons rencontré. Interview.

 

Le fameux acteur Aldis Hodge est aussi un créateur de montres.

 

Vous êtes connu comme acteur, mais vous êtes aussi peintre, écrivain…et horloger autodidacte. Qu’est-ce qui vous a décidé à vouloir créer des montres?

Mon inclination pour l’horlogerie est liée à mon amour de la création et l’ingénierie. Enfant, je voulais être ingénieur. J’aimais l’histoire de la culture black et notre contribution aux arts et sciences. Cependant, cela n’était pas toujours reconnu aux USA. Les gens souvent me demandaient si je voulais devenir joueur de basketball ou rappeur! Les enfants afro-américains n’étaient pas perçus de la même manière que leurs compatriotes blancs. Mon ambition de devenir ingénieur est venue en réaction à ma frustration et ma désapprobation des suppositions négatives des personnes envers les Afro-américains. J’ai travaillé entre l’âge de 13 et 15 ans dans un cabinet d’architecture puis pris des cours de design de produits, mais le choix du design de montres est le fruit du hasard. Les montres sont intéressantes et pleines de fantaisie à cause de leur mouvement. L’idée que les garde-temps pouvaient fonctionner mécaniquement pendant plusieurs années sans l’assistance des gadgets électroniques me fascinait. Autour de mes 19 ans, j’ai commencé à créer ma 1ère montre. A 20ans j’ai décidé de devenir conseiller pour les marques. L’horlogerie représentait pour moi l’ingénierie, l’architecture et l’art.

Vous avez lancé votre propre marque de montres, et vous travaillez sur trois prototypes. Pouvez-vous nous- en parler?

Le travail a commencé vers 25 ans. A mes débuts, j’ai développé quelques garde-temps, sans les mettre sur le marché, estimant qu’ils ne pouvaient pas représenter correctement une marque. Actuellement, je travaille à finaliser deux prototypes et j’espère les commercialiser bientôt. Une montre Rétrograde et une autre à Heure Sautante. En termes de design et de d’obstacles techniques, les deux étaient difficiles.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre propre marque de montres?

Mon goût pour la création de montres provient de mon ambition de faire des choses qui n’existent pas encore sur le marché. La raison principale qui m’a décidé à créer ma propre marque de montres est que j’avais passé les années de ma jeunesse à essayer de créer pour d’autres marques. Je n’ai pas eu la chance d’être recruté par les marques comme concepteur. J’ai décidé d’investir mon énergie à créer ma propre marque.

A votre avis pourquoi n’avez-vous pas été accepté par les marques? Est-ce parce que vous êtes acteur ou autodidacte?

Etant géographiquement en dehors de l’Europe, ils peuvent considérer que l’histoire de l’horlogerie ne m’est pas familière. A mes débuts, je ne connaissais pas beaucoup de monde. Il y a des priorités dans les manufactures, elles mettent en avant leurs plans plutôt que mes créations.

Pouvez-vous nous décrire A. Hodge Atelier?

La compagnie est fondée sur une éthique traditionnelle combinée à une application moderne. J’aime les bases traditionnelles de l’horlogerie mais en même temps j’aime leur donner un look frais, car mon objectif en tant qu’horloger est d’aider les gens à lire le temps d’une manière nouvelle. Ce n’est pas lire le temps mais comment lire le temps. Ce que représente pour vous l’expérience de lire le temps. Quelle est la valeur émotionnelle et artistique que vous accordez à la lecture du temps.

Que représente une montre pour vous?

La montre revêt plusieurs représentations pour moi. Elle représente l’accomplissement, le combat contre les stéréotypes. Ce voyage difficile que j’ai décidé d’entreprendre. J’ai prouvé ma capacité d’accomplir quelque chose d’une telle importance.

Vous n’aimez pas être qualifié de collectionneur, et pourtant, vous avez une belle collection de montres…

Je ne me considère pas comme un collectionneur, j’essaie de lancer ma propre marque et de la développer. Il est important que les gens comprennent que l’horlogerie n’est pas un passe-temps pour moi. Les collectionneurs sont importants, c’est l’élément vital des horlogers. Je ne suis pas un collectionneur, je suis un créateur de montres. En tant qu’acteur, beaucoup essaient de discréditer mes efforts dans l’horlogerie. Ils ne prennent pas en considération les jours que je passe à étudier le design de montres, le fonctionnement d’un mouvement et c’est là que j’investis mon temps et mes ressources. Je veux faire comprendre clairement au public que je suis dans l’horlogerie en tant que créateur et non pas en tant que collectionneur. J’achète des montres pour étudier des choses spécifiques. Je dis aux gens je n’achète pas des montres, j’achète les horlogers en relation à leurs innovations. Tel est le cas avec ma Gerald Genta et ma Daniel Roth, qui m’ont inspiré et beaucoup appris. Acheter une montre est pour moi une manière de m’éduquer, comme acheter un livre d’apprentissage. J’aime les heures sautantes, parce qu’elles permettent facilement la lecture du temps, c’est lisible, rapide et simple. Avec la Retrograde c’est moins une question de temps, j’aime la fonction Flyback. Je crée ce qui me passe par la tête, essayant de contribuer au monde de l’horlogerie à travers une innovation. J’essaie de me frayer un chemin. Comme les horlogers George Daniel et son échappement co-axial, Breguet et son tourbillon, je veux percer dans le monde de l’horlogerie en lui offrant des innovations pour des années à venir.

 

F.P. Journe Tourbillon Contemporain. © F.P. Journe.

 

Quelles sont les pièces les plus importantes de votre collection?

J’étais ravi de recevoir une montre Arnold & Son avec ses rouages en or. La Daniel Roth est le seul tourbillon que j’ai. Je possède une Bulgari Papillon Voyageur… J’aime ma Jaquet Droz en céramique noire, elle porte le Numéro 62 sur 88 produites, elle a une certaine valeur émotionnelle car ma mère est née en 1962…

Quelle montre convoitez-vous?

Cela peut être le Balancier Contemporain de Greubel Forsay, ou une MB&F, un modèle de la série Legacy Machine. J’aimerais posséder le chronographe de Kari Voutilainen. J’ai beaucoup appris des indépendants et de Breguet. Mais les indépendants sont proches de mon ADN  en tant que créateur et collectionneur. J’aime l’innovation derrière la montre Genus, je pense qu’ils ont fait un travail merveilleux.

 

Montre GNS par Genus a remporté le prix de l’Exception mécanique au GPHG 2019. © Genus.

 

Comment choisissez-vous vos montres? Est-ce basé sur ce que vous voulez apprendre ou ya-t-il d’autres éléments?

L’art d’une montre me parle en premier, c’est une connexion émotionnelle.  Puis je recherche ce qui est fait différemment, d’une manière innovante. Je ne convoite pas une montre, je recherche ce qui me saute naturellement aux yeux, et après je regarde si je peux me permettre de payer le prix. (rires)

C’était votre première Dubai Watch Week. Quelles sont  vos impressions?

Je pense que c’était impressionnant. Le cadre était magnifique. J’ai aimé tous les forums, ils étaient éducatifs. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est les masterclasses. Ma mère et ma sœur sont allées à une masterclasse en horlogerie et c’était sympathique de les voir faire une incursion dans mon univers. Les gens peuvent se faire une idée de l’horlogerie sous différentes perspectives. Je pense que c’est fantastique pour les novices qui ne connaissent pas grand-chose en horlogerie. C’est superbe pour eux de venir explorer. Dubai Watch week aide aussi les collectionneurs à raffiner leurs goûts horlogers.

Quelle est la montre iconique que vous auriez pu créer vous-même?

Je pense que c’est l’échappement co-axial de Georges Daniel et le Tourbillon Souverain de F.P. Journe. Je pense que cette montre est reconnaissable et très bien faite. Elle reflète le style FP Journe.

Quelle est votre montre sport?

Je n’en ai aucune… (rires)

Quelle est votre montre pour le soir?

Le Balancier Contemporain de Greubel Forsay de 39mm de diamètre.

 

Balancier Contemporain by Greubel Forsay. © Greubel Forsay.

 

Quelle est votre montre dans la journée?

F.P.Journe Resonance.

Si vous deviez choisir une complication?

Définitivement les heures sautantes.

Quelles sont vos résolutions pour la nouvelle année?

Faire de mon mieux pour être moins paresseux. (rires)

Vous avez un SAG Award à votre actif, et avez une multitude de rôles à votre actif comme dans«Hidden Figures» ou «Straight Outta Campton». Votre nouvelle série télévisée «City on a Hill» est coproduite par Matt Damon et Ben Affleck. Comment choisissez-vous vos rôles?

Je cherche des rôles qui représentent des défis, qui ont des choses à dire et qui me font évoluer.

Pensez-vous à des projets pour le théâtre?

Je pense que le théâtre est la fondation de l’actorat puisqu’au théâtre vous êtes obligé d’être présent. Actuellement j’essaie de bâtir une carrière à la télévision, au cinéma. En tant qu’acteur, j’aime faire des choses différentes alors qu’au théâtre vous jouez huit fois par semaine la même chose, je pourrai jouer une pièce théâtrale pendant deux ou trois mois mais par pour deux ou trois ans.

Quels sont vos projets?

Le 27 décembre, mon film «Clemency» sort qui a pour thème la peine capitale, des effets de la peine de mort. Le 28 février «The Invisible Man» sortira avec Elizabeth Moss, et l’année prochaine je reprends mon rôle dans la série «City on a Hill» et je commence le tournage de «One Night in Miami» sous la direction de Regina King. Propos recueillis à Dubai par Maria Nadim