Les Belles Eglises Médiévales du Liban

Prestige N° 275, Juin 2016

Reportage par Effat Kanaan Abou Assaly

«Bien que l’art syriaque ne soit pas destiné à occuper une grande place dans l’histoire de l’art, il y aura de l’intérêt à relever un jour ses peintures. Il résultera une annexe intéressante à l’histoire de l’art byzantin», écrivit Ernest Renan lors de son séjour au Liban au XIXe siècle. Ce jugement concerne les magnifiques fresques qui ornent le grand nombre d’églises médiévales du Liban qui sont encore mal connues du grand public. Ce n’est que ces dix dernières années que cesְ œuvres d’art ont suscité l’intérêt des historiens et chercheurs et que certaines églises et fresques ont été restaurées. Les églises du Moyen Age sont au nombre de trente qui se divisent en deux catégories: les églises construites selon les normes de l’architecture occidentale et situées surtout sur la côte et les églises villageoises de traditions locales dotées d’une architecture simple et sans coupoles. Nous retrouvons surtout ces dernières dans les montagnes du Nord du pays dans la région de Byblos et Batroun. Elles sont d’une grande beauté tant par leur architecture que par leurs fresques.

 

L’église Mar Charbel de Maad

 

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Eglise Mar Charbel de Maad. © Archives Effat Kanaan Abou Assaly

 

Cette église est dédiée à Mar Charbel d’Edesse qui était le chef des prêtres païens. Converti au christianisme ainsi que sa sœur Babaï, ils sont martyrisés à l’époque de l’empereur romain Trajan (IIe siècle). Cette église abrite des vestiges de différentes époques historiques. C’est un parfait exemple de superpositions de couches archéologiques des époques phénicienne, romaine puis byzantine (Ve siècle). Détruite puis reconstruite à l’époque croisée (XIIIe siècle) elle fut à nouveau reconstituée en 1723 par un prêtre maronite. L’espace sert actuellement de musée où sont exposés des chapiteaux et colonnes romaines mosaïques byzantines, puits et autel païens, inscriptions grecques ainsi qu’une dalle funéraire d’époque croisée ornée de rosaces et d’entrelaces qui pourrait appartenir à la tombe de Jeanne Kabans, fille d’un seigneur allemand croisé! Mais les plus impressionnantes sont les fresques qui ornent les trois nefs voûtées en berceau. Au centre figure la Dormition de la Vierge qui regroupe les douze apôtres, on y admire les fresques d’un prêtre portant une mitre latine et l’Archange St-Michel qui représente le Jugement dernier. Le style de ces fresques est syro-byzantin du XIIIe siècle. Les saints aux yeux encerclés de noir ont le regard figé vers l’éternité. Le Christ portant un enfant, l’âme de la Vierge Marie ainsi que la Dormition symbolisent la renaissance à la vie éternelle. D’après l’historienne Nada Hélou, les personnages présents de part et d’autre de la lucarne contenant les reliques de St-Charbel représentent l’empereur Constantin, premier empereur chrétien et sa mère l’impératrice Hélène. Notons que la restauration de ces admirables fresques a été effectuée grâce à l’Association pour l’Etude et la Restauration des Fresques Médiévales du Liban (AERFML) et au soutien financier de l’Association Philippe Jabre.

 

MAAD - EGLISE MAR CHARBEL - DORMITION DE LA VIERGE 2

Eglise Mar Charbel de Maad, Dormition de la Vierge. Photo: Archives Effat Kanaan Abou Assaly

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’église Mar Jirios (St-Georges) à Eddé

 

EDDE - MAR JIRIOS - FACADE OUEST

Façade ouest de l’église Mar Jirios à Eddé. Photo: Archives Effat Kanaan Abou Assaly.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle fut entièrement construite avec les matériaux d’un grand temple romain par les Byzantins, et agrandie au Moyen Age par les Croisés qui consolidèrent les façades en insérant des fragments de colonnes. L’épaisseur des murs et la grandeur des pierres sont impressionnantes. Ernest Renan a descellé le linteau de l’entrée de cette église et l’a envoyé au musée du Louvre. Il était gravé d’un globe entouré de serpents. La cour de l’église Mar Jirios entièrement restaurée par Roger Eddé est parsemée de vestiges et de colonnes de l’époque romaine. Pas très loin de là se dresse la petite chapelle de Mar Mama, patron des jeunes et du mariage, construite au début du IXe siècle; elle est typiquement villageoise de par sa simplicité et son dénuement. Cependant elle est constamment visitée par des pèlerins qui présentent leurs dons et allument des cierges.

 

L’Eglise Mar Tadros (St-Théodor) de Bahdidat

 

BAHDIDAT - EGLISE MAR-TADROS - LE CHRIST

Eglise Mar Tadros à Bahdidat. Le Christ. Photo: Archives Effat Kanaan Abou Assaly.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les fresques de cette église qui remontent au milieu du XIIIe siècle sont remarquables car elles relatent l’histoire du Salut à travers l’Ancien et le Nouveau Testament. De style syro-byzantin, c’est l’ensemble le plus complet des fresques des églises du Liban. Egalement doté d’inscriptions syriaques, l’arc de l’abside comprend de part et d’autre l’Annonciation, l’Ange Gabriel et vers le haut Jésus et les prophètes. Le tout est couronné par la main divine de Dieu. Au centre de l’abside c’est Jésus le Pantocratar assis sur le trône. Il est entouré par la Vierge Marie, St Jean-Baptiste et les quatre évangélistes et leur symbole Marc le lion, Jean l’aigle, Mathieu l’ange et Luc le taureau. En dessous de la frise décorative sont alignés les douze apôtres. Les murs latéraux sont ornés des fresques de Mar Tadros et de St-Georges, les deux saints cavaliers très populaires dans le Mont Liban et les villes côtières. Ils sont les défenseurs et les protecteurs des fidèles et de leurs biens ainsi que guérisseurs. Ces admirables fresques ont été restaurées récemment par une équipe libano-italienne. Le décor peint de nombreuses églises a très peu résisté aux détériorations dues à la nature et au vandalisme. Quoi qu’il en soit le développement de l’art des fresques au Liban remonte au XIIIe siècle et semble souvent remonter à l’iconographie byzantine avec une influence syriaque. Cet art très particulier nécessite une grande maîtrise dans la technique de superposition des couches pour permettre à la peinture de durer. Heureusement ces dernières années ont connu un essor considérable pour la relance et la recherche ainsi que la sensibilisation du public à ce patrimoine trop longtemps négligé. Des travaux de recherches et de restauration sont conduits par les institutions et les universités. Des levées de fonds auprès des mécènes en faveur de la restauration, la conservation et la protection de ce merveilleux patrimoine sont fort appréciées. Ces fameuses fresques du Moyen Age qui restent à sauver viendront avec les autres enrichir considérablement le répertoire iconographique et stylistique des peintures libanaises.

 

 

Bibliographie

 

  • Châteaux et Eglises du Moyen Age au Liban de Lévon Nordiguian et Jean-Claude Voisin.
  • Publications du Centre Louis Pouzok d’Etudes Médiévales -USJ.