Hind Seddiqi présente Dubai Watch Week

A l’occasion de la 4e édition de Dubai Watch Week, nous avons rencontré Hind Seddiqi la directrice générale de l’événement. Placé sous le thème «Innovation et Technologie», DWW a réuni les géants de l’horlogerie. Nous avons pu discuter de sujets relatifs au monde horloger, de l’évolution du goût des femmes pour la mécanique horlogère et des futurs projets de l’exposition.

 

Hind Seddiqi, directrice générale de Dubai Watch Week.

 

Dubai Watch Week célèbre sa 4e édition. Quelle est votre évaluation de l’événement? De son évolution?

Nous sommes en accord avec nos objectifs à ce point. En 2015, nous avions commencé au Gate Village, dans les galeries, que nous réservions à cet effet. Le Forum de l’horlogerie était organisé dans une galerie, les marques indépendantes étaient exposées dans une autre, et les autres marques encore dans une autre galerie. Depuis, nous avons évolué en passant des petits espaces au Gate. Le nombre des marques participantes a également grimpé, avec Rolex et Chopard réclamant des espaces indépendants. Elles ont saisi notre approche et nos objectifs. Je suis certaine qu’en 2020-21, les choses évolueront de manière à amener les marques à concevoir différemment les choses.

Les jeunes constituent une cible de Dubai Watch Week, mais l’approche traditionnelle est loin de les attirer…

La jeunesse est un segment très important, mais en même temps difficile. Pour pouvoir attirer les jeunes, il faut parler leur langage. Il y a une façon de leur présenter les montres, afin qu’elles soient plus intéressantes pour eux.

Quels étaient les défis que vous avez rencontrés à vos débuts en 2015? Et ceux d’aujourd’hui?

Convaincre les marques à venir représente toujours un défi. Egalement convaincre la presse internationale de venir à Dubai, pour un événement horloger qui dure cinq jours. Attirer les conférenciers au Horlogy Forum est toujours un défi. Nous choisissons les sujets de discussion, car les marques ne sont pas autorisées à intervenir dans le choix des thèmes. Si une marque souhaite aborder un sujet qui ne figure pas au programme, elle peut créer une activité dans le Creative Hub et aborder les sujets qu’elle souhaite. Ce sera toujours un défi de choisir les sujets abordés parce que nous devons parler de  choses définies mais parfois controversées. Si nous arrivons à attirer toujours plus de conférenciers, c’est parce que nous avons une façon honorable de faire les choses.

Ne pensez-vous pas qu’avec le temps et la confiance, vous réussirez à les convaincre plus facilement?

Si les sujets que nous voulons mettre en lumière sont de plus en plus osés et controversés, le défi sera toujours là. Tout dépendra de la direction que nous voulons prendre.

Vous accordez beaucoup d’importance aux marques indépendantes, pourquoi?

A nos débuts en 2015, nous avions uniquement invité les marques indépendantes, nous n’avions pas de grandes marques. Le thème de l’exposition à l’époque était «Les rebelles du temps», parce qu’ils étaient rebelles dans leur façon de faire les choses au sein de l’industrie horlogère. Il faut assurer une plateforme aux marques indépendantes, avec un budget raisonnable, pour que les gens puissent les connaître. Certains visiteurs se rappellent davantage des garde-temps aperçus parmi les marques indépendantes que des montres des marques plus importantes. Les marques indépendantes osent, elles sont différentes et elles ont la liberté de créer ce qu’elles veulent. Nous continuerons à les appuyer.

 

Endeavour Centre Seconds diamonds édition limitée Dubai. © H. Moser & Cie.

 

Vous étiez la première femme de votre famille à vous joindre à l’exécutif de la compagnie familiale. Etant aujourd’hui la directrice générale de Dubai Watch Week, vous êtes une figure importante dans l’horlogerie, comment pensez-vous cibler le segment féminin?

Le pouvoir d’achat des femmes au Moyen-Orient est fort. Nous sommes conscients de l’intérêt porté par les femmes passionnées de montres. Elles achètent différemment, et leur collection est de plus en plus raffinée. Nous organisons des visites de manufactures ainsi que pour les couples. De même, nous encourageons l’homme à amener son épouse à ces visites. Il arrive parfois que les femmes ne comprennent pas pourquoi leur mari paie une fortune pour acquérir une montre. D’où la nécessité de leur participation à ces tours, qui pourraient les amener à se convertir à l’industrie. Au Moyen-Orient, les femmes ont beaucoup de goût et savent comment placer leur argent. Pour cela, certaines marques créent des montres pour femmes, telles que MB&F avec sa FlyingT. Il aurait pu faire FlyingT pour hommes, mais il a choisi de la réaliser pour femmes.

Ne pensez-vous pas que les marques ont mis beaucoup de temps avant de créer des montres pour femmes?

Nous ne pouvons nier que la catégorie masculine représente la majorité de la clientèle dans l’industrie horlogère. Cela dit, les femmes évoluent, et les hommes offrent à leur épouse des montres prestigieuses. Patek Philippe crée des complications pour femmes. A une époque, les femmes portaient uniquement des montres masculines.

Ne pensez-vous pas que la raison est due à ce que l’offre était limitée dans le segment féminin?

Si, mais si vous prenez Rolex par exemple, qui avait toujours une collection pour femmes, celles-ci étaient toujours enclines à acheter une montre pour hommes. Elles préféraient la Daytona à la Date Just et cela continue. Pour une marque comme F.P. Journe, créer Elégante, une montre pour femmes a rencontré un succès immense. Il y a un énorme potentiel et beaucoup reste à venir.

Pourrons-nous voir dans le cadre de Dubai Watch Week des éditions spéciales pour femmes?

Nous avons lancé cette année la montre H. Moser& Cie. Auparavant, nous avions fait de petites éditions pour femmes avec Hublot, Chopard. C’est bien, mais nous ne serons jamais à parts égales avec les hommes. La croissance est lente. Cela dit, l’Endeavour diamonds pour femmes de Moser est déjà en rupture de stock.

 

Legacy Machine Flying T pour femmes par MB & F. © MB & F.

 

Verrons-nous un jour un Dubai Watch Week exclusivement pour femmes?

Non, je ne pense pas. Nous aimons toujours garder un équilibre entre hommes et femmes.

Vous avez grandi dans une famille passionnée d’horlogerie, comment avez-vous acquis cette passion?

La famille Seddiqi est dans l’industrie horlogère depuis 70 ans. Grandir dans une maison où on apprécie le monde horloger, où on parle de l’artisanat lié à cet univers, l’attachement à l’industrie devient automatique. Je voyais toujours mon père parler de montres, exposer des garde-temps en nous expliquant leur fonctionnement. Nous passions la plupart de nos étés à Genève à visiter des manufactures. Vous ne pouvez donc qu’aimer les montres et vous engager dans l’industrie.

Mon neveu qui a 16 ans s’y connaît déjà mieux que moi en matière de garde-temps.  C’est une tendance dans les pays du Golfe parmi cette tranche d’âge où ils sont fous de montres. Je pense que c’est parce qu’ils aiment le football, la musique et qu’ils voient les célébrités porter des montres de marque quand ils font des recherches sur des plateformes comme Youtube où Watch Box studios met beaucoup de contenu éducatif sur les montres. L’industrie est fort intéressante. Il faut la transmettre d’une manière plus attractive à la jeunesse.

Vous êtes une collectionneuse de montres, lesquelles font partie de votre collection?

J’ai un goût différent de celui typique des femmes, j’aime les montres hommes. J’achète une montre parce que je l’aime et non parce qu’elle est tendance. Vous ne verrez pas sur le poignet d’une autre femme le même genre de montres que j’ai. J’étais la première femme à m’acheter une Richard Mille, aujourd’hui le prix de ma montre a doublé et toutes les femmes souhaitent avoir une Richard Mille. Je dirai que j’ai ce pressentiment parce que je fais partie de l’industrie. J’ai acheté une Elégante de F.P. Journe dès son lancement. J’ai suscité l’envie de toutes celles qui m’entourent pour en acheter une. Le fait de pouvoir convaincre les gens d’acheter une montre est mon point fort.

 

Elegante Titalyt par FP Journe. © FP Journe.

 

Quelle montre portiez-vous le plus ces derniers jours?

Pour être honnête, l’Elégante. C’est une montre très confortable je n’ai pas besoin de la remonter. Je voyage avec, je peux la porter jour et nuit. Elle est aussi discrète et n’attire pas beaucoup l’attention.

Quelle est votre montre pour le soir?

Généralement, mes montres ont un bracelet en cuir, je n’ai pas beaucoup de montres-bracelets. Mes meilleurs choix pour le soir sont Chopard, Piaget et Graff.

Vous rappelez-vous de votre première montre?

Oui, c’était une Tag Heuer Link en acier et en or avec un cadran noir. Mon père m’en a fait cadeau lorsque j’ai réussi le Delf français. D’ailleurs je l’ai toujours…

Si vous deviez choisir une complication?

La Répétition minutes. J’aimerai beaucoup avoir une répétition minutes de Patek Philippe. Propos recueillis à Dubai par Maria Nadim.