Liliane Angela Daou: «Le voyage favorise la tolérance»

Suite à son inscription au programme d’étude américain ­Semester at Sea (SAS) qui consiste en une université «bâtie» sur un énorme navire faisant escale dans différents pays, permettant aux étudiants de découvrir le monde. Liliane Angela Daou s’est offert une expérience unique d’études à l’étranger: elle a suivi des cours universitaires sur un bateau de croisière pendant près de 100 jours! Interview.

 

 

L’auteure durant la signature de son livre. © Archives Liliane Angela Daou.

 

You’ve Changed est votre premier ouvrage. Qu’est-ce qui vous a poussée à l’écrire et à choisir un pareil titre à 24 ans? Mon livre You’ve Changed (Tu as changé) raconte les expériences que j’ai vécues et les leçons que j’ai apprises en naviguant le monde avec Semester at Sea. Mon voyage sur le bateau a été transformateur et a eu un très grand impact sur moi. J’ai appris beaucoup de choses sur moi-même et sur le monde qui m’entoure. Ainsi, avec mon livre, j’ai voulu concrétiser mes expériences et créer quelque chose de valeureux, que je puisse partager avec mon entourage. A travers les différentes histoires que je raconte et le titre de l’ouvrage, je souligne l’importance des voyages et le pouvoir qu’ils ont sur les gens, notamment en élargissant leurs perspectives et en les transformant en une meilleure version d’eux-mêmes. Je crois vraiment que si les gens voyageaient dans le but d’explorer les différents environnements et cultures, ils comprendraient mieux les communautés qui les entourent, ce qui en ferait de meilleurs citoyens non seulement de leur pays, mais également du monde entier. Dans le monde d’aujourd’hui, où règnent beaucoup de conflits et de tensions, je pense qu’il est crucial d’encourager les gens à voyager davantage, car cela favoriserait la tolérance culturelle et la paix dans le monde.

Vous étiez la seule étudiante issue du monde arabe à vous inscrire au programme d’étude SAS en 2017. Décrivez-nous un peu cette expérience, vos impressions… Qu’avez-vous appris? Le fait d’être la seule étudiante du monde arabe parmi 600 autres étudiants étrangers a été très bénéfique pour moi. Bien sûr, c’était parfois difficile car je n’avais personne avec qui communiquer en arabe ou partager mes habitudes culturelles pendant près de 4 mois, mais cela a renforcé ma personnalité. En effet, j’ai eu la chance de représenter à moi seule le Liban et le Moyen-Orient. Cette situation m’a également obligée à côtoyer des personnes différentes de moi et m’a appris à toujours accepter les autres, quelles que soient leurs différences. D’où la conclusion intéressante que j’ai tirée: le fait que je sois d’un autre milieu social m’a poussée à rechercher les petites similitudes que je pouvais trouver entre ma culture et celles d’autrui et à me rendre compte que, malgré nos diversités, nous partageons beaucoup de normes en commun les uns avec les autres.

 

 

Photo avec la famille. © Archives Liliane Angela Daou.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux jeunes d’aujourd’hui, désireux de voyager? Et à leurs parents? Puisque je suis convaincue que les voyages sont le meilleur moyen d’éducation, j’encourage fortement les jeunes à prendre le large et explorer d’autres horizons. Il ne faut pas toujours prendre l’avion pour voyager ou se rendre dans des pays très éloignés. Il suffit tout simplement de découvrir une nouvelle ville de notre pays et de mieux connaître ses habitants. Ainsi, j’encourage vraiment les jeunes à se lancer dans cette aventure, car cela leur permettra de sortir de leur zone de confort, de mûrir et de développer leur personnalité. Il est également très important de voyager en solo parfois ou en petits groupes, car cela maximiserait la découverte de nouveaux lieux. Aussi effrayant que cela puisse paraître, un voyage ouvrira toujours les yeux des voyageurs sur quelque chose de nouveau et les fera mûrir d’une certaine manière. Alors qu’est-ce que vous attendez? Commencez à planifier votre prochain voyage! En ce qui concerne les parents, je comprends qu’il est souvent assez difficile pour eux d’envoyer leurs enfants dans des endroits inconnus, surtout s’ils s’y rendent seuls; mais prendre le risque en vaut la peine. Une fois de retour, leurs enfants seront transformés en adultes ouverts d’esprit, plus tolérants et capables de mieux gérer les défis auxquels ils pourraient faire face plus tard dans la vie. Mon message aux parents serait donc de lâcher prise et d’envoyer leurs enfants dans des voyages bien planifiés. Après tout, dans notre monde actuel qui reste connecté 24h/24, il est très facile de joindre quiconque à quelconque moment.

Vous êtes aujourd’hui consultante à Boston Consulting Group, Dubai. Penseriez-vous un jour revenir vous installer au Liban? Bien sûr! A long terme, je me vois installée de nouveau au Liban. J’apprécie vraiment les valeurs et la culture de mon pays et je voudrais en profiter. Pour le moment, je pense qu’être à Dubai et travailler avec Boston Consulting Group est crucial pour ma carrière et mon développement professionnel, mais je ne me vois pas m’installer ici pour toujours. Je crois vraiment que la femme que je serai un jour est le produit du Liban et il est très important pour moi de retourner dans mon pays et de redonner à la communauté libanaise ce qu’elle m’a offert, ce qui m’a aidée à façonner la personne que je suis aujourd’hui.

 

 

Liliane Angela Daou avec l’éditeur Nadim Dergham et son équipe. © Archives Liliane Angela Daou.

 

 

Votre livre, est-il en vente au Liban et à l’étranger? Mon livre est actuellement vendu dans les librairies libanaises, principalement chez Antoine et Virgin Megastore. Vous pouvez également le trouver à l’aéroport libanais et l’acheter en ligne sur le site web de mon éditeur Dergham (www.Dergham.com). Il sera bientôt disponible dans les librairies de Dubai. Pour l’instant, il ne se trouve qu’à la librairie japonaise Kinokuniya, à Dubai Mall.

Pour finir, vous avez visité onze pays en l’espace d’une centaine de jours. Quel est celui qui vous a le plus marquée? Chacune de mes expériences dans les 11 pays visités était unique en son genre. Je dirais qu’ils m’ont tous touchée et m’ont appris quelque chose de nouveau. Mais si je devais choisir un pays qui m’a marquée plus que d’autres, je dirais l’Inde. Il y a quelque chose dans ce pays qui me laisse sans voix chaque fois que j’y pense. C’est l’un des pays les plus riches sur le plan culturel. Un pays qui peut vous apprendre quelque chose de nouveau, simplement en vous baladant dans ses rues: que ce soit au niveau des habitudes sociétales et culturelles, des normes religieuses, du mode de vie ou même lorsqu’il s’agit d’apprendre à se satisfaire de choses simples et minimales dans la vie. Ce pays est incroyable, il faut s’y rendre! C’est incontournable. Propos recueillis par Mireille Bouabjian.