Laure Melki Akl

Prestige N° 275, Juin 2016

«L’écriture est avant tout un art»

Epouse et mère de famille, professeure de lettres françaises, écrivaine et bibliophile, Laure Melki Akl sait merveilleusement allier ces nobles fonctions. Des romans, des poèmes, jusqu’aux méditations religieuses… elle s’exprime à travers des mots choisis avec amour et art. Son troisième ouvrage, «Désirée», est attachant à plus d’un point. Un travail de cœur et de tête qu’elle relate à Prestige.

 

 

Photo 4- Laure Melki Akl - signature

Laure Melki Akl signant son ouvrage «Désirée», éditions Dergham. © Archives Laure Melki Akl

 

Qui est Laure Melki Akl? Je suis d’abord épouse et mère (j’ai trois garçons que j’adore). Ma famille est ma priorité et la source de ma joie. Ensuite je suis professeure de lettres françaises, domaine dont je suis éprise. Enfin je suis, depuis l’âge de dix ans, bibliophile et écrivaine.

 

Pourquoi les titres de vos ouvrages se résument-ils à un seul terme? Désillusion, Faridé, Désirée? C’est un pur hasard. Mais il faut dire que chaque mot résume l’itinéraire du personnage principal. Justin est le grand ambitieux qui prend le mauvais chemin pour réaliser ses rêves et tombe dans la désillusion. Le roman «Faridé» avait d’abord été sous-titré «Viens du Liban, ma bien-aimée», pour rendre hommage à la femme libanaise qui a tant sacrifié surtout durant la guerre. Mais la maison d’édition a préféré réduire le titre au seul nom du personnage. Je n’en ai pas été gênée car finalement Faridé est une femme unique dans la mesure où elle affronte les épreuves sans jamais perdre sa sérénité ou sa ténacité. Enfin le titre du dernier roman a été changé. En effet, j’avais pensé à Solitudes, un pluriel supposé dire l’incompréhension et l’isolement des différents personnages. Là aussi, la maison d’édition a proposé «Désirée», titre probablement plus accrochant…

 

Désirée est un oxymore vivant, et le roman abonde en figures de styles de ce genre. Est-ce voulu? D’une certaine manière, oui. L’oxymore dit nos contradictions, nos conflits intérieurs, l’opposition entre l’être et le paraître, d’où sa nécessité dans un roman psychologique. Cependant la gradation et l’accumulation occupent une plus grande place dans mes romans; peut-être parce que je cherche le mot qui dirait le mieux ce qui est souvent difficile à dire.

 

D’où vous inspirez-vous? Désirée existerait-elle en réalité? Certes. Tous les personnages existent. L’écrivain observe, écoute, lit dans les yeux ou les âmes la tristesse, le regret, le rêve, la déception et il transforme tout cela en trame narrative. Mes personnages jaillissent avant tout de moi-même puis de ceux que je rencontre, même à travers un fait divers ou un potin…

 

Dans le roman, il semble que l’histoire se répète avec les enfants qui endurent les mêmes souffrances que leurs parents. Est-ce volontaire? L’histoire ne se répète pas. Chacun a sa souffrance, sa lutte ou sa défaite. L’histoire de Désirée n’est pas celle de sa mère mais plutôt l’opposé. La mère échoue à reprendre sa vie en main alors que Désirée s’en sort très bien. Les malheureuses expériences de Martial ne sont rien comparées à celles de son fils Alfred.

 

Vous êtes l’auteure de romans et de poèmes et les méditations religieuses vous attirent. Quel volet l’emporte? J’aime beaucoup la poésie. Elle est moins ardue que le roman qui demande beaucoup de souffle. Mais elle ne nous obéit point: il faut attendre qu’elle s’offre à nous pour qu’on la cueille. Les méditations religieuses, elles, sont mon pain quotidien. Il est impossible de ne pas en faire dès que j’ai un petit moment pour moi.

 

Quels sont les critères d’un bon écrivain? Il faut que l’âme vibre à chaque mouvement de l’univers. Rien ne peut laisser l’écrivain indifférent. Toutefois il ne peut s’obliger à écrire sinon il serait un pédant, un prétentieux ou un commerçant. Le désir d’écrire doit lui être nécessaire, presque vital. Il ne fait que se soumettre à cette rage de s’exprimer avec des mots choisis avec amour et art. Car l’écriture est avant tout un art.

 

Quel sujet souhaiteriez-vous aborder prochainement? Un homme qui affronte le cancer dans son dernier stade et qui souffre en même temps de la haine et de l’égoïsme de sa conjointe… Je n’en dirai pas plus! Propos recueillis par Mireille Bridi Bouabjian