Jacques Maroun

Jacques Maroun

Un nouveau talent qui remet

le théâtre au goût du jour

Un style à part acquis de ses études à l’Université du Texas et l’Ecole Actors Studio Drama à New York City, et une détermination absolue à marquer de son empreinte la scène artistique libanaise, à travers The Actors Workshop qu’il a fondé… deux volets indissociables qui caractérisent le réalisateur, producteur et metteur en scène, Jacques Maroun. Depuis quatre mois, sa quatrième production «Ka3eb 3aleh», qu’il présente sur les planches, se joue à guichets fermés. Pour ou contre, le spectateur, hésitant ou simplement curieux au départ, se retrouve par la suite, emballé et satisfait. Jacques Maroun, l’homme et le producteur, se met en scène dans cette entrevue avec Prestige.

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© Archives Jacques Maroun © Photos Farès Sokhon

Fondateur de L’Atelier des Acteurs-The Actors Workshop-Beirut; Metteur en Scène et Producteur de la pièce «Ka3eb 3aleh».

Qui est Jacques Maroun? Je suis un acteur, metteur en scène et producteur libanais, né à Beyrouth. J’étais élève au Collège Notre-Dame de Jamhour, puis j’ai poursuivi mes études entre le Liban, l’Afrique, la France et les Etats-Unis, à l’Université du Texas, à Houston, où j’ai obtenu un Bachelor en Performing Arts (arts scéniques) et Management. Puis je me suis installé à New York City en 1999 pour travailler et étudier le jeu et la mise en scène. Pendant trois ans, j’ai réussi à décrocher un Master en Fine Arts, tout en évoluant pratiquement entre New York et d’autres Etats.  En 2010, c’est le retour au bercail.

Pourquoi avez-vous choisi cette profession?On dit que l’on ne choisit pas cette profession, c’est elle qui nous choisit.Lorsque j’étais jeune, je voulais échapper à la réalité. J’étais influencé par des cinéastes et metteurs en scène qui accordaient de l’importance au jeu, à l’instar d’Elia Kazan et Sidney Lumet, et à certains acteurs comme Marlon Brando, Robert de Niro, Isabelle Huppert, ou Michel Serrault, ou Rod Steiger. Je voulais faire ce qu’ils faisaient. Je voulais faire partie de leur monde. Le jour où j’ai été admis à L’Actors Studio à New York, était l’un des plus beaux jours de ma vie.

Comment avez-vous formé l’Atelier des Acteurs? A mon retour au Liban en 2010, je devais travailler. J’ai donc commencé par enseigner à l’Académie Libanaise des Beaux-Arts (ALBA), et travaillé pendant un an, dans une boîte de production et de post-production. Il est vrai que c’était un peu différent de mon parcours, mais j’ai gagné en expérience. J’ai découvert le marché du travail, le pays, et mes horizons se sont élargis. En juin 2011, j’ai fondé l’Atelier des Acteurs, The Actors Workshop, avec pour objectif de créer un espace où les acteurs, dramaturges et réalisateurs professionnels et les non-professionnels pouvaient se rencontrer pour pratiquer leurs vocations et s’échanger des idées. En fait, au départ, la rencontre a été plus facile avec les non-professionnels, et avec ce premier groupe, nous avons clôturé le premier cycle d’entraînement de trois mois, par une production théâtrale, Bare Feet, ou «Al aqdam el hafiya», une représentation scénique du travail qu’ils ont fourni pendant cette période. La communauté des acteurs s’est ensuite agrandie, et un mois plus tard, un nouveau groupe a été formé comprenant de nombreux anciens et une nouvelle pièce a été produite: «Who’s Your Daddy? Kifa Immak?».Après cela, l’occasion était idéale pour intégrer les professionnels.

Est-ce dans cet esprit que vous avez fondé l’Atelier des Productions des Acteurs? Parfaitement. En avril 2012, j’ai ouvert la première entité artistique du genre, la boîte de production «The Actors Workshop Productions» spécialisée dans les arts scéniques, danse, théâtre, musique et cinéma. Et en octobre 2012, j’ai produit et réalisé Reasons to be Pretty, qui a été présentée pendant trois mois au théâtre Al Madina. La pièce, œuvre du célèbre dramaturge et scénariste américain Neil LaBute, a été une évasion du quotidien, et merveilleusement interprétée par Talal el Jurdi, Nadine Labaki, Nada Abou Farhat et Elie Mitri.

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© Archives Jacques Maroun © Photos Farès Sokhon

Le producteur Jacques Maroun entouré des héros de la pièce «Ka3eb 3aleh», Ammar Chalak, Nisrine Abi Samra, Rita Hayek et Talal el Jurdi.

Voulez-vous nous parler de «Ka3eb 3aleh», la pièce que vous présentez actuellement? «Ka3eb 3aleh» (Hauts Talons), est la quatrième production de l’Atelier des Acteurs. Elle a été présentée d’abord au théâtre Monnot, durant presque trois mois et puis au théâtre Babel à Hamra. C’est une comédie inspirée et adaptée de l’œuvre de Theresa Rebeck, Spike Heels, (écrite en 1992) que j’ai produite, adaptée et mise en scène, dans le respect de l’auteur et la grande fidélité au texte. Le texte a été traduit par la dramaturge Arzé Khodr, avec qui je travaille pour la deuxième fois. C’est une adaptation moderne de Pygmalion, de George Bernard Shaw, qui tempère le pessimisme par l’humour. Elle explore les thèmes du harcèlement sexuel, de l’amour déplacé avec la possibilité de créer un triangle amoureux entre quatre personnes: Talal el Jurdi, Ammar Chalak, Rita Hayek et Nisrine Abi Samra. L’idée remonte à 2003, lorsque j’avais lu et travaillé sur des morceaux du premier acte de la pièce. Mais dernièrement, comme je pensais avec mon ami l’acteur Talal el Jurdi, à une nouvelle production pour l’automne-hiver 2013-2014, il s’est montré très enthousiaste en lisant le texte de Rebeck. Et c’est ainsi que la production a commencé.

Vous vous basez surtout sur des adaptations. D’où puisez-vous les extraits et quels sont vos futurs projets? Je ne suis ni romancier, ni dramaturge. Je me base sur des sujets universels, écrits par des dramaturges que j’apprécie et respecte, desquels je puise mes extraits, comme le thème de l’amour, la psychologie et la relation entre les couples. Quant aux nouveaux projets, j’aimerais dire que mon premier film est en phase de développement et une nouvelle pièce est en voie de préparation.

Comment évaluez-vous le théâtre au Liban? Pensez-vous qu’il y a beaucoup d’acteurs mais peu de bonnes productions? Le théâtre au Liban est pauvre. Et pas seulement financièrement.Je pense aussi qu’on n’accorde pas suffisamment l’attention nécessaire à son épanouissement.Nous avons de très bons artistes. Mais quelques bonnes petites productions par an ne suffisent pas pour enrichir la culture artistique de tout un pays.

Quelles solutions préconisez-vous pour encourager le secteur?J’estime qu’une des solutions réside d’abord chez les artistes eux-mêmes. Je m’explique. Les artistes scéniques doivent se prendre personnellement en charge, travailler à améliorer leur performance, s’entraîner et se faire leur propre «marketing» pour pouvoir mieux se vendre (au sens noble du terme). Quant aux écoles et universités, je leur recommanderais d’intégrer les arts scéniques dans leur cursus scolaire, vu qu’il y a une faible concentration sur ce sujet.

De quel Liban rêvez-vous, et quels sont vos souhaits?Je rêve d’un Liban meilleur à tous les points de vue. Je souhaite pouvoir continuer à m’améliorer et à faire ce que j’aime le plus.   Propos recueillis par Mireille Bridi Bouabjian