Saint Pétersbourg

Prestige N°245-246 Déc-Janv. 2013-2014

 «La ville aux couleurs des yeux de son impératrice»

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Il est vrai que Saint-Pétersbourg a été fondée en 1703 par Pierre Ier le Grand mais ce sont ses deux impératrices Elizabeth 1ère et Catherine II la Grande qui l’ont embellie et rendue la capitale culturelle de l’Europe. A Saint-Pétersbourg, il pleut presque tous les jours de l’année. Les jours ensoleillés se comptent sur les doigts de la main. Outre les fabuleux paysages enneigés et les merveilleux sites artistiques de la ville, la légende dit que ses bâtiments sont peints en couleur claire, selon les yeux de ses impératrices. Prestige vous emmène à Saint-Pétersbourg, la «Venise du Nord», pour explorer ses mille et une merveilles.

Le musée de l’Ermitage

C’est l’un des plus grandioses ensembles de palais au monde. Il comprend cinq édifices surplombant le quai de la Néva, reliés par des galeries et des passages. Accueilli par dix gigantesques figures massives d’Atlantes taillées sur le portique d’entrée, le touriste accède au musée à partir du Nouvel Ermitage. Il est fasciné par les magnifiques sculptures décorant le toit et les portiques longeant les entrées du palais d’Hiver. Avec ses mille cents salles, ce palais est le monument de l’impératrice Elisabeth Petrovna. Il demeura la principale résidence impériale jusqu’en 1917. Suite à la révolution, il abrita différentes organisations, avant d’être attribué au musée de l’Ermitage en 1922. Au Vieil Ermitage, on trouve les collections de Catherine II et sa bibliothèque, ainsi que les célèbres loges de Raphaël. Au Petit Ermitage, le visiteur est ébloui par la belle collection de peinture de Catherine II. Quant au théâtre de l’Ermitage édifié en 1789 pour remplacer le théâtre de Rastrelli, il se dresse sur l’emplacement de l’ancien palais d’Hiver de Pierre Ier le Grand. On est séduit par la beauté de ses intérieurs et sa cour pavée remontant à l’époque pétrovienne et recréés en 1990.

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L’escalier de Parade de l’Ermitage.

Les présidents Vladimir Poutine, Dimitri Medvedev et Boris Eltsine, ainsi que Gorbatchev, Andropov, Kossyguine, Khrouchthev, Staline et Lénine sont tous originaires de Saint-Pétersbourg.

Les collections du musée de l’Ermitage

Le musée de l’Ermitage fait partie des plus importants musées d’art au monde. Plus de trois millions d’articles d’exposition illustrent l’évolution de la culture universelle du XXe millénaire avant J.-C. jusqu’à nos jours. Les visiteurs sont impressionnés par les magnifiques collections appartenant à divers arts -antique, européen, russe, égyptien, persan- qui y sont exposées.

La galerie de peinture

Le musée de l’Ermitage est célèbre pour sa grandiose collection de peintures qui comprend plus de 3000 œuvres de toutes les écoles de l’ancienne Europe: hollandaise, flamande, espagnole, italienne, néerlandaise, française, anglaise et allemande. L’on trouve de magnifiques tableaux de Léonard de Vinci, Michel-Ange, Rembrandt, Rubens, Renoir, Cézanne, Manet, Monet et Pissarro; des toiles de Van Gogh, Matisse et Gauguin, ainsi que de fabuleuses sculptures de Rodin.

Expositions de l’Art antique

Vu ses fabuleuses collections d’art antique, le Nouvel Ermitage est l’un des lieux les plus prisés en Russie. En montant l’escalier Nikolaïevski, le touriste trouve au palier supérieur de superbes portes donnant accès à l’avant-salle. Des tableaux du peintre munichois Georg Hiltenspenger sont exposés dans la galerie de l’histoire de la peinture antique, et de beaux ouvrages de grands sculpteurs néoclassiques dont Antonio Canova, Bertel Thorvaldsen, Lorenzo Bartolini… y sont présentés. En descendant l’escalier Nikolaïevski vers le rez-de-chaussée, on arrive dans 18 salles où l’on trouve de belles collections artistiques: de magnifiques Antiquités égyptiennes dans la petite salle, d’autres antiquités dans les salles des Antiques au décor élégant et exquis, et des chefs-d’œuvre de l’art italien de la première époque du Moyen-Age dans la galerie du Vieil Ermitage.

 

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La salle aux Vingt colonnes.

L’enfilade d’apparat du palais d’Hiver

Créée par Rastrelli, maître génial de la composition spatiale, l’enfilade des salles d’apparat du palais d’Hiver éblouit les visiteurs par ses grandioses intérieurs richement décorés. En effet, Rastrelli n’eut le temps de terminer qu’une partie de l’ornementation des intérieurs. Au cours du règne de Catherine II, il fut démis de ses fonctions d’architecte de la Cour sur les instances d’Ivan Belski. L’ornementation des salles fut ainsi poursuivie par Vallin de la Mothe, Velten, Rinaldi et Quarenghi. Celui-ci transforma le théâtre et la salle du Trône en appartements pour l’héritier Paul et son fils Alexandre. Ce qui détruisit la conception d’enfilade d’apparat introduite par Rastrelli. Suite à l’incendie qui a anéanti tous les intérieurs du palais d’Hiver en 1838, l’édifice fut entièrement restauré. Deux enfilades d’apparat apparurent dans le palais, ainsi que cinq salles dont la salle des Feldmaréchaux, la salle du Trône, la magnifique salle dorée des Armoiries, la Galerie de 1812 et la salle en marbre du Trône. Vu leur somptueuse décoration, ces salles attirent des milliers de touristes venus admirer leur beauté et découvrir leur valeur historique et artistique.

La salle Léonard de Vinci du Vieil Ermitage

Décorée au milieu du XIXe siècle, la salle Léonard de Vinci est un magnifique salon orné de différents marbres: porphyre, lazulite et jaspe. Le touriste est fasciné par la beauté de l’intérieur: un parquet en bois précieux, des panneaux peints, des bronzes dorés, des portes dans le style Boulle incrustées d’éléments décoratifs en bronze doré et écaille de tortue… Dans cette salle sont présentés deux chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci: la Madone Benois et la Madone Litta.

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 La Madone Benois de Léonard de Vinci
 

Le palais de Constantin

Le palais de Constantin ou «Palais des Congrès» a reçu en 2003 plus de cinquante chefs d’Etat pendant les célébrations tricentenaires de Saint-Pétersbourg. En 2006, il a accueilli le 32e Sommet de G8. Pendant ces sommets, les présidents d’Etat ont été accueillis dans 18 maisons de luxe au bord de la mer, portant chacune le nom d’une ville russe historique. Entamée en 1720 sur un projet élaboré par Niccolo Michetti, la construction du palais fut arrêtée en 1723 et l’architecte regagna son pays. Les pièces du mobilier appartenant à Pierre Ier  le Grand ont été conservées dans les salles inférieures de l’édifice inachevé. En 1797, Paul Ier offrit le domaine de Strelna à son fils Constantin et le palais qui prit son nom, fut ensuite terminé par l’architecte Luigi Rusca. Une terrasse en pierre de Poudost fut aménagée le long de la façade donnant sur le golfe. Le palais passa en 2000, sous l’égide de l’administration du président de la Fédération de Russie.

Les loges de Raphaël

Réaménagées en 1780 par l’architecte italien Giacomo Quarenghi sous la commande de Catherine II, les salles du musée de l’Ermitage ou «Loges du Vatican» se caractérisent par leurs loges similaires à celles du Vatican. Le visiteur est attiré par leur intérieur sacré: des copies de la Bible de Raphaël, soit plus de 50 tableaux illustrant l’Ancien Testament et quatre autres le Nouveau Testament, ainsi que des compositions ornementales de style grotesque décorent les murs. A la galerie des «Loges de Raphaël», on trouve deux toiles authentiques de Raphaël, trésors de toutes les collections de l’Ermitage, ainsi que Le Garçon accroupi de Michel-Ange, un autre joyau des collections de l’Ermitage et unique œuvre de ce célèbre artiste en Russie.

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Les loges de Raphaël

La cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul

Le tsar Pierre Ier le Grand voulait donner à la Russie une ouverture sur la Mer Baltique et une force navale. En 1703, il déposa sur l’île Zaïatchii sur le delta de la Néva, la première pierre d’une nouvelle forteresse qu’il baptisa «Saint-Petersbourg». Dans cette forteresse fut construite la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul. Elle fut la première collégiale construite en pierre. Au sommet de sa flèche de 123m de hauteur, se dresse un ange tenant une croix qui sera l’un des plus importants symboles de Saint-Pétersbourg. Dans cette cathédrale, on trouve les dépouilles des tsars et tsarines de la dynastie des Romanov de Pierre Ier le Grand jusqu’à Nicolas II. En effet, le tsar Nicolas II et sa famille furent fusillés en Sybérie en 1918 et jetés dans des fosses communes. En 1990, on retrouva leurs ossements et ils furent transportés dans la cathédrale et inhumés dans la chapelle Sainte-Catherine des Martyrs.

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Les tombeaux du tsar Pierre Ier le Grand et de la tsarine Catherine Ière.

La cathédrale Saint-Isaac

Figurant parmi l’un des plus grands édifices religieux du monde, la cathédrale Saint-Isaac est coiffée de la plus grande coupole dorée du monde. Toute une pléiade d’artistes, tels que Karl Brioullov, Fidor Brouni, Vassili Chebouïev, Ivan Vitali, Nikolaï Pimenov et Piotr Klodt, ont participé aux travaux de peinture et de sculpture de la cathédrale. Les sculptures sont réalisées suivant la méthode de galvanoplastie qui consiste à alléger le poids des énormes statues en bronze et des reliefs. Les tableaux de peinture qui ornent son bel intérieur ont été remplacés par des mosaïques vu les variations de température et l’humidité qui les ont abîmés. Après sa consécration le 30 mai 1858, la cathédrale Saint-Isaac a reçu les reliques de saint André, l’icône de la sainte Face avec son revêtement en or, les copies des icônes miraculeuses de la Vierge de Tikhvine et le drapeau des milices de 1812.


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Vitrail du chœur: «La Résurrection du Christ».

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Le Palais d’Eté de Pierre Ier le Grand et sa célèbre fontaine musicale.

Les parcs de Peterhof

S’étendant sur des milliers d’ hectares de terres riveraines, les parcs de Peterhof se caractérisent par leur beauté magique. Le parc inférieur est l’un des plus grands parcs de style baroque dans le monde. Les touristes sont ensorcelés par l’ambiance féerique qui règne sur ces lieux. De grands parterres de fleurs sont disposés symétriquement au pied de la Grande cascade. Ils sont ornés de deux bassins avec au centre, une grande coupe en marbre de laquelle jaillit un puissant jet d’eau. Dans l’allée de Marly, la plus longue allée du parc, on trouve une statue en bronze de Pierre Ier le Grand, ainsi que les fontaines Eve et Adam décorées de sculptures en marbre.

Les fontaines de Peterhof

Réputée pour ses fontaines uniques au monde, Peterhof ou la «Capitale des fontaines» attire des milliers de touristes qui viennent regarder les fabuleux jets d’eau. Ces fontaines fonctionnent tous les jours, du mois de mai jusqu’en octobre. Elles sont officiellement ouvertes au public le dernier jour du mois de mai, au cours d’un festival animé par plusieurs performances artistiques.

La fontaine de Samson

Comptant parmi les plus puissants jets d’eau de Peterhof, Samson atteint plus de 20m de hauteur. A l’époque, le fontainier Paul Sualem a construit une conduite spéciale alimentée par un étang sur des hauteurs de Babigon pour assurer la puissance du jet. En 1799, le tsar Paul Ier ordonna de remplacer les sculptures en plomb déformées par le temps par d’autres statues en bronze tout à fait identiques.

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La fontaine de la Pyramide

Considérée comme la fontaine la plus pittoresque de Peterhof, la Pyramide séduit un grand nombre de visiteurs. Conçue par Michetti, elle fut inspirée de la célèbre fontaine de l’Obélisque à Versailles. La Pyramide possède plus de 500 jets d’eau de différentes hauteurs alors que la fontaine de l’Obélisque n’en possède que la moitié.

La Grande cascade

C’est l’un des plus grands ensembles de fontaines au monde. Composées de plus de 60 fontaines situées près de 250 statues, la Grande cascade est considérée comme l’un des sommets de l’art des fontaines vu sa riche ornementation, ainsi que la puissance et la diversité des jeux d’eau. Elle est également un «escalier italien» typique: l’eau s’écoule en nappe sur de larges marches disposées en gradin et revêtues de marbre, de tuf et de coquillages, puis elle tombe dans une large vasque. Deux grottes inférieure et supérieure aux intérieurs décorés façon «grotte naturelle», sont aménagées sur la pente, entre les escaliers.

Le palais de Marbre

Catherine II la Grande a demandé à Antonio Rinaldi de construire le palais de Marbre pour son favori, le comte Grigori Orlov. C’était lui qui l’avait aidée à monter le coup d’Etat contre son époux le tsar Pierre III en 1762, et à prendre le trône pour devenir l’impératrice Catherine II la Grande. Pourtant, Catherine II n’est pas russe, mais princesse allemande. Elle avait été choisie par Elisabeth Ière comme épouse pour son neveu, le futur tsar Pierre III.

Le métro de Saint-Pétersbourg

Système de transport en commun de Saint-Pétersbourg, le métro circule à une grande profondeur, soit entre 20 et 30km, à cause de la géologie du sous-sol de la ville. Il transporte quotidiennement plus de 3 millions de passagers, et compte plus de 60 stations. Certaines stations s’étendent sous le fleuve de la Neva et ses branches. Ornées de marbre et de granit, ces stations sont éclairées par plus de 700 luminaires -lustres, torchères et appliques- en bronze, cristal et verre décoratif. La première ligne du métro de Saint-Pétersbourg, d’une longueur de 10.8km, fut ouverte en 1955.

 

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L’église Saint-Sauveur «sur le Sang Versé» Elle comprend les plus belles mosaïques

Réputée pour son aspect exotique, l’Eglise Saint-Sauveur «sur le Sang Versé» draine de nombreux touristes. Elle est construite sur le lieu où le tsar Alexandre II fut blessé suite à l’attentat terroriste qui lui coûta la vie, d’où son nom de l’Eglise Saint-Sauveur «sur le Sang Versé». Des incrustations d’appliques en majolique et des panneaux en mosaïque décorent ses façades extérieures. Son intérieur comprend le plus grand ensemble de mosaïques dans l’architecture orthodoxe. A l’entrée, on trouve des illustrations des scènes de l’Ancien Testament et des Douze grandes fêtes. Des dessins au centre racontent les actes de la vie terrestre du Christ en Gloire et l’Eucharistie. Les figures des «piliers de l’Eglise»: les Apôtres, les Prophètes, les Prélats et les Saints martyrs, décorent les pendentifs. La coupole centrale est ornée du Christ Pantocrator, et des effigies du Christ, de la Vierge et de saint Jean-Baptiste décorent les plafonds des petites coupoles.

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L’église Saint-Sauveur «sur le Sang versé».

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Le palais Youssoupov sur le bord de la Moïka dont le nom est lié à l’assassinat de Grégoire Raspoutine.

Palais de Youssoupov

Construit à la fin du XVIIIe siècle pour le comte Andrei Chouvalov, le palais Youssoupov est devenu célèbre grâce à ses éminents propriétaires: la famille Youssoupov, originaire des Tatars et l’une des plus riches dynasties russes; et évidemment parce qu’il est lié à l’assassinat de Grégoire Raspoutine. C’est l’un des rares palais de Saint-Pétersbourg ayant conservé le décor luxueux des salles de réceptions, des appartements privés, de la galerie privée et un vrai petit théâtre. La Chaîne des Rôtisseurs y célébra les dix ans du Bailliage National de Russie. Le visiteur est fasciné par la beauté de ses intérieurs: les enfilades de parade se déploient à l’étage de l’entresol auxquelles on accède par un bel escalier en marbre blanc. La première enfilade d’Apparat comprend plusieurs salles qui ont conservé une ornementation datant des années 1830. Dans la seconde enfilade menant au théâtre, l’on trouve une galerie d’art comprenant plusieurs salles où sont exposés les fabuleux chefs-d’œuvre d’art des Youssoupov, dont certains se trouvent aujourd’hui au musée de l’Ermitage. En effet, cinq générations des Youssoupov ont vécu dans ce magnifique palais. Après la Révolution bolchévique de 1917, la famille a quitté la Russie pour vivre à Paris, et l’édifice devient un musée national présentant le cadre de vie de la famille Youssoupov.

Exposition du «meurtre de Raspoutine»

Une exposition relatant le meurtre de Grégoire Raspoutine se déploie dans les pièces de l’appartement de Félix et Irina Youssoupov, auquel on accède par une entrée privée ou le Petit vestibule. Raspoutine, personnage légendaire possédant la faculté de guérir des maladies par la prière, avait une grande influence sur la famille du tsar Nicolas II. L’aristocratie de la Cour voulait l’éloigner du couple impérial. Un complot fut ainsi organisé contre lui par Félix Youssoupov, dernier propriétaire du palais Youssoupov, et le grand-duc Dimitri Pavlovitch. Le 16 décembre 1916, Félix Youssoupov invita Raspoutine dans son palais pour un dîner intime durant lequel ils lui mirent du poison dans le vin, mais paraît-il, associé avec le vin, le poison ne fit pas son effet. Raspoutine se leva et prit la fuite. Félix et Dimitri le poursuivirent. Le lendemain, on retrouva son corps dans la Moïka.

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Durant son exil à Paris, Félix Youssoupov publia une autobiographie intitulée «La Fin de Raspoutine» où il dit que ce ne sont ni lui ni Dimitri Pavlovitch qui ont tué Raspoutine. En état d’ivresse, ce dernier est tombé dans la Moïka.